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Pour (re)faire société Revenir aux sources de la solidarité humaine

Année : 2019

Thème : Conférence plénière Beyrouth

Type : Autre (poster, ...)

Auteur(s) :

PAUGAM Serge (France) – serge.paugam@ehess.fr

Résumé :

Pour (re)faire société Revenir aux sources de la solidarité humaine<br /><br />Il n’est pas rare d’entendre parler de « crise du lien social » et de la nécessité de « retisser » ou de « renouer » le lien social. A la limite, si l’on s’intéresse tant au lien social – à en croire les innombrables colloques, rapports et livres qui lui sont consacrés -, c’est en grande partie parce ce qu’on le considère en crise. C’est la conscience de son délitement qui conduit les individus et les institutions à s’en préoccuper et à chercher des remèdes, un peu comme un médecin au chevet de son malade. Pour les réformateurs sociaux, le malade, c’est avant tout la société des individus et, plus précisément, ce qui est perçu collectivement comme une difficulté à vivre ensemble. Mais le débat prend quelque fois la forme d’un plaidoyer pour un engagement solidaire dans une société ouverte à tous. Dans les associations à caractère social et sanitaire, il est courant également d’entendre un discours angélique sur les vertus du collectif, la force du groupe, le plaisir de faire société. Le sociologue ne peut que constater deux attitudes opposées, l’une qui souligne de façon pessimiste toutes les formes de déclin du lien social et une autre qui conduit, au contraire, à se projeter dans une société en mutation où émerge en même temps des formes nouvelles de vie en société où les liens sociaux se réinventent sous des formes parfois inattendues. Le sociologue verra aussi dans l’usage de cette notion une forme d’instrumentalisation au service d’options idéologiques ou d’intérêts particuliers, le renforcement de la sécurité dans un quartier par exemple. Face à ces usages multiples, une déconstruction de cette notion est nécessaire, processus qui doit aboutir à l’élaboration de concepts sociologiques plus précis. Il s’agira donc de montrer comment le travail sociologique peut conduire à une meilleure compréhension des formes contemporaines par lesquelles les individus s’attachent entre eux et à la société. <br /><br />L'individu ne peut vivre sans attaches et passe sa vie à s'attacher - ou à se rattacher après une rupture - à sa famille tout d'abord, mais aussi à ses proches qu'il choisit par amour ou amitié, à sa communauté ethnique ou religieuse, à ses collègues de travail ou à ses pairs, aux personnes qui partagent les mêmes origines géographiques, sociales ou culturelles, et bien entendu aussi aux institutions de son pays de naissance ou de celui dans lequel il a choisi de vivre. Autrement dit, l'homme est anthropologiquement solidaire car il ne peut vivre sans ces attachements multiples qui lui assurent à la fois la protection face aux aléas du quotidien et la reconnaissance de son identité et de son existence en tant qu'être humain. Mais que signifie vraiment l'attachement dans une société d'individus et comment la façon de s'attacher a évolué dans l'histoire des sociétés humaines ? Dans cet ouvrage, le sens donné à ce concept renvoie aux différents types de liens qui attachent les individus entre eux et à la société : le lien de filiation (entre parents et enfants), le lien de participation élective (entre conjoints, amis, proches choisis...), le lien de participation organique (entre acteurs du monde professionnel) et le lien de citoyenneté (entre membres d'une même communauté politique). <br /><br />Il s'agit d'analyser comment ces quatre types de liens s'entrecroisent en chaque individu pour permettre son attachement à la société, mais aussi comment les sociétés construisent et transforment les normes de cet entrecroisement. Comment et jusqu'où peut-on et doit-on être à la fois solidaire de sa famille, solidaire de ses divers groupes d'appartenance affinitaire, solidaire de son entreprise ou de son groupe professionnel et solidaire de sa nation ? Un constat s'impose immédiatement. Si cette question se pose à chaque être humain et correspond en cela à une interrogation de nature universelle, la réponse diffère selon les milieux sociaux, mais aussi et surtout selon les sociétés. Dès lors, la question centrale de ce livre est de comprendre les fondements anthropologiques de la solidarité humaine tout en analysant sociologiquement ses formes variables dans le monde contemporain, aussi bien dans les sociétés économiquement développées que dans les pays émergents. A travers le concept d'attachement, l'ambition est de mieux comprendre ce qui fait tenir ensemble les individus des sociétés modernes, mais aussi, a contrario, ce qui les fragilise. Autrement dit, penser l'attachement dans les sociétés modernes, c'est aussi bien prendre en compte la force et la permanence que la vulnérabilité et la rupture des liens sociaux.<br /><br />L’objectif de cette conférence est de revenir aux sources de la solidarité humaine en s’appuyant sur le concept d’attachement qui a été utilisé par Durkheim à la fin du XIXe siècle avant de connaître une carrière importante dans le domaine de la psychologie et de la psychiatrie, mais aussi dans les travaux sociologiques dans les années soixante - pour expliquer aussi bien la délinquance, que les formes et les ressorts de la participation des individus dans le travail et l’entreprise, la vie associative, le quartier, la famille.

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