Participation des usagers et usagères de l'aide sociale à la définition de leurs besoins et à l'amélioration des prestations qui les concernent: Quels sont les enjeux?
Année : 2021
Thème : Evaluation d'un projet participatif d'ampleur mené en Suisse romande.
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
GUERRY Sophie (Suisse) – sophie.guerry@hefr.ch
REYNAUD CAROLINE (Suisse) – caroline.reynaud@hefr.ch
Résumé :
En Suisse, les résultats du dernier Programme national de prévention et de lutte contre la pauvreté (OFAS, 2018) ont mis en évidence l’intérêt de davantage impliquer les personnes touchées dans l’élaboration et l’évaluation des mesures qui les concernent. Dès ce moment, la participation des personnes touchées par la pauvreté aux politiques publiques qui les concernent a été définie comme thème prioritaire au niveau de la Plateforme nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté (2019-2024). <br />Entre 2018 et 2019, un projet participatif précurseur d’ampleur a été mis en œuvre par l’Association romande et tessinoise des institutions d’action sociale (ARTIAS). Ce dernier a invité 60 bénéficiaires de l’aide sociale de longue durée à participer à la définition de leurs besoins spécifiques et à l’amélioration de leur accompagnement. Quatre groupes de réflexion d’une quinzaine de personnes, animés par des équipes formées en méthodologie participative, ont été mis en place dans différentes villes de Suisse romande. Une dizaine de rencontres, ayant eu lieu sur une période allant de 9 à 12 mois, ont abouti à l’élaboration de 4 rapports décrivant les besoins et pistes d’amélioration mis en évidence par chaque groupe. <br />Dans la perspective de dégager des connaissances utiles à d’autres dispositifs de ce type, l’Artias a dès le départ souhaité que ce projet pilote soit évalué de manière scientifique. Une équipe de la Haute école de travail social de Fribourg a été chargée de l’évaluation de ce projet, afin d’en décrire les modalités de mise en œuvre et d’en identifier les principaux enjeux et effets tant au niveau individuel qu’à un niveau plus structurel. Une méthodologie qualitative et subjectiviste a été privilégiée, sous la forme d’entretiens menés avec différents acteurs/trices du projet et d’une analyse de la documentation produite au cours du projet. <br />Cette communication permettra de revenir sur les enjeux liés à la mise en place et au déroulement du projet. <br />De manière générale, un des atouts du projet est d’avoir été initié par des acteurs/trices institutionnel-le-s convaincu-e-s de l’intérêt de la participation, alors que l’absence de volonté politique et/ou professionnelle est relevée comme une limite majeure à l’émergence et aux impacts de tels dispositifs (Avenel, 2017 ; Blondiaux, 2008 ; Donnet-Descartes & Dujardin, 2012 ; Gourgues, 2013). De plus, ces acteurs/trices ont su identifier et tenir compte d’un grand nombre d’enjeux spécifiques aux démarches participatives portées par des institutions (approche descendante de type « top down »), particulièrement lorsqu’il s’agit d’impliquer des publics définis comme précaires (ANESM, 2008 ; Bouquet et al., 2009 ; Burgade & Borel, 2015 ; Etienne, 2018).<br />En effet, l’évaluation démontre que les moyens importants engagés ainsi que les différentes précautions prises avant le démarrage du projet pour limiter les risques potentiels (difficultés d’accès au dispositif, instrumentalisation, problèmes liés à la confidentialité, impacts négatifs sur les personnes concernées) constituent des atouts essentiels de la démarche. Des biais de sélection ont cependant été constatés, qui étaient pour la plupart prévisibles en lien avec les critères posés pour recruter les participant-e-s. <br />L’importante marge de manœuvre laissée aux participant-e-s ainsi qu’aux équipes d’animation par l'Artias, que ce soit au niveau des modalités de travail des groupes ou de la restitution des résultats, ont permis de déjouer en grande partie le piège d’une consultation excessivement cadrée par des logiques institutionnelles préexistantes (Argoud, 2017).<br />L’évaluation met également en évidence l’importance de la posture et méthodes choisies par les équipes d’animation. Celles-ci ont volontairement cherché à rompre avec le caractère asymétrique des rapports de pouvoir qui lient les bénéficiaires aux services sociaux en adoptant une posture égalitaire avec les participant-e-s. Leurs méthodes ont quant à elles visé l’élaboration d’un positionnement collectif à partir d’expériences individuelles et l’évolution des groupes vers une logique propositionnelle permettant de dépasser le stade initial de la plainte. <br />Tous les acteurs/trices interrogé-e-s s’accordent sur le fait que l’une des clés principales du succès du projet est la force qui s’est dégagée de la dynamique collective créée dans les groupes, malgré certaines difficultés rencontrées à ce niveau. <br />La communication proposée permettra d’analyse les enjeux du projet du point de vue scientifique à partir de l’évaluation menée, mais également (dans la mesure du possible) du point de vue d’un-e membre du comité de pilotage du projet.
Mots clés :
Pauvreté, Participation, Politique sociale, Aide sociale
← Retour à la liste des articles