La résistance des parents face au processus de médicalisation impliquant leur enfant : cibles, formes et stratégies.
Année : 2022
Thème : aucun
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
Brault Marie-Christine (Canada) – mcbrault@uqac.ca
POULIOT Eve (Canada) – eve_pouliot@uqac.ca
Résumé :
L’enfance fait partie des périodes de vie les plus médicalisées et le contexte pandémique actuel semble amplifier cette situation (Beeker et al., 2020 ; Gauthier et al. 2021). La médicalisation est un processus collectif de prise en charge médicale d’attitudes, de comportements et d’expériences qui implique une série d’actions, dont la description et la compréhension de ce qui pose problème utilise une lunette médicale, un étiquetage médical informel par l’entourage, ou officiel par les instances médicales et un traitement médical ou pharmacologique (Conrad, 2007). Sans nier la souffrance individuelle, ni les bienfaits d’une prise en charge médicale des problèmes, il faut néanmoins rappeler que plusieurs travaux rapportent chez les jeunes, la présence de faux-diagnostics psychiatriques, voire de surdiagnostics, et d’une surutilisation de médicaments et de services médicaux (Coon et al., 2014) qui seraient une conséquence du processus de médicalisation (Brodersen, 2018). En plus de faire exploser les dépenses gouvernementales relatives à la santé, ces problèmes ont des conséquences sur le développement des jeunes, sur leurs expériences sociales et scolaires, sur leur parcours de vie et sur leur système familial (Coon et al., 2014).
Cette médicalisation s’effectue principalement par le biais des réactions des adultes à l’égard des enfants et reflète les normes sociales et institutionnelles en vigueur. Nos travaux antérieurs sur le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) ont montré que l’institution scolaire, par le biais des enseignants, mène des actions concrètes à diverses étapes du processus (dépister les troubles, conseiller les parents au sujet des diagnostics et des médicaments, etc.; Conrad, 2007; Brault et Degroote, 2021). L’école, dans une relation de pouvoir asymétrique en sa faveur, tente de faire accepter aux parents son point de vue des problèmes des jeunes et des solutions à privilégier (Deshayes et al. 2018 ; Zeitlin et al. 2014).
Toutefois, quelques écrits scientifiques et plusieurs indices dans nos discussions informelles avec les parents laissent entrevoir une résistance à la médicalisation impliquant leur enfant. Peu de connaissances existent sur les qualités de cette résistance, les stratégies déployées et les raisons sous-jacentes, car elle est plus souvent qu’autrement invisibilisée. D’une part, la résistance n’est pas valorisée dans la relation famille-école, où elle serait perçue comme un manque de collaboration. D’autre part, elle est souvent reléguée à la sphère privée, parfois même cachée à la cible de la résistance ou à ses observateurs (Hollander & Einwohner, 2004 ; Rosales & Langhout, 2020). Cette résistance quotidienne, menée à l’échelle microsociologique est utilisée principalement par les personnes marginalisées ou en situation de domination (Rosales & Langhout, 2020), comme peuvent l’être les parents face aux intervenants (Pouliot et al., 2016).
Afin d’en connaitre plus sur le sujet, une vingtaine de parents d’enfants québécois ont participé à un entretien de recherche semi-dirigé, d’une moyenne de 90 minutes, pour nous raconter leur expérience de résistance à la médicalisation. La majorité des situations de médicalisation ont été déclenchées au début de la scolarité obligatoire, par des enseignantes et les enfants ciblés sont principalement des garçons ayant des difficultés scolaires. Notre présentation vise à identifier les cibles de la résistance des parents et à discuter des diverses formes qu’elle prend et des stratégies utilisées. Nous discuterons aussi du rôle des parents dans la médicalisation des problèmes de leur enfant. Cette mise en lumière des résistances des parents face aux institutions scolaire et de la santé permettra de mieux comprendre les valeurs, les croyances et le vécu des parents d’enfants qui ne correspondent pas aux normes sociales. Ces résultats préliminaires jetteront aussi un éclairage sur les institutions, notamment leurs failles.
Mots clés :
Individualisation des problèmes sociaux, Résistance; médicalisation; parents
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