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Être prestataire de l’aide sociale au Québec : entre invisibilité sociale, surveillance et décrédibilisation de la parole

Année : 2022

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

GREISSLER Elisabeth (Canada) – elisabeth.greissler@umontreal.ca

Résumé :

Alors que la figure du « citoyen-usager » prend de l’ampleur dans nombre de dispositifs d’intervention sociale (Jaeger, 2011), le prestataire de l’aide sociale au Québec ne cesse d’être repoussé aux portes du système, surveillé en étant automatiquement soupçonné de fraude et invisibilisé en étant traité sans être entendu ni écouté. <br />Pour mieux comprendre cette dynamique, rappelons que l’assistance sociale au Québec repose sur le principe d’aide de dernier recours (Merrien, 2007). Les récentes réformes ont par ailleurs institutionnalisé des mesures incitatives sinon coercitives à l’endroit des personnes sans-emploi (Groulx, 2009). Ainsi, depuis les années 1980-1990, le paradigme d’activation des prestataires n’a cessé de s’installer avec tout un arsenal de mesures d’employabilité visant à favoriser le passage vers l’emploi et l’autonomie des prestataires face au risque de dépendance à l’État : le classement selon les aptitudes ou inaptitudes au travail, l’instauration d’une forme de contrepartie (la formation, les démarches d’insertion professionnelle), ou encore la multiplication des mesures administratives et des processus de surveillance (Dufour, Boismenu et Noël, 2003; McAll et al., 1995). Si l’impact en termes de trajectoires vers l’emploi est difficile à mesurer, force est néanmoins de constater, depuis les deux dernières décennies notamment, une diminution considérable et constante du nombre de ménages prestataires de l’aide sociale (- 50% depuis 2011). <br /><br />En réponse à l’axe 2, cette communication a pour but de montrer comment le système d’aide sociale, à l’opposé d’une logique de « citoyen-usager » renforce sa logique punitive (Fassin, 2017; Wacquant 2009; Chan et Mirchandani 2007) et fragilise les prestataires en les surveillant, en les réduisant au silence et ainsi à l’invisibilité administrative et sociale. Pour ce faire, nous mobilisons les résultats d’une recherche qui s’articule en trois axes. Le premier porte sur une analyse d’un échantillon de décisions du Tribunal administratif du Québec (TAQ) de 2017. Le deuxième s’intéresse aux parcours de prestataires au sein du système d’aide sociale. Le dernier se penche sur les pratiques de défense de droits des prestataires. <br /><br />À partir des réflexions issues de nos différents résultats, nous montrerons d’abord en quoi les mesures punitives s’inscrivent dans un rapport de surveillance, de décrédibilisation et autres processus de « dégradation » (Piven et Cloward, 1971) des requérants contestant des décisions des agent-es du Ministère du travail, de l’emploi et de la solidarité sociale (MTESS). Nous veillerons à mettre en évidence en quoi ce système complexe décrédibilise la parole des prestataires. Nous montrerons également en quoi ces mesures se situent sur un continuum de pratiques plus ou moins visibles, plus ou moins administratives. Enfin, nous expliquerons en quoi, selon nous, elles demandent aux organismes en défense des droits d’entrer en résistance (Greissler et Tremblay-Marcotte, 2020).

Mots clés :

Protection sociale, Activation sociale, Prestataire de l'aide sociale

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