Réflexions critiques autour d’un projet de médiation intercommunautaire en Suisse romande
Année : 2022
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
BATTAGLINI Monica (Suisse) – Monica.battaglini@hesge.ch
HASDEU Iulia (Suisse) – iulia.hasdeu@hesge.ch
Résumé :
Durant 20 mois environ (2016-2018), un projet pilote déroulé dans une ville de la Suisse romande a accompagné environ 250 personnes différentes d’origine rom (population très précaire, sans domicile, effectuant des aller-retour entre la Roumanie et la Suisse). Sur l’ensemble de 1400 accompagnements socio-juridico-sanitaires, 80% environ ont concerné l’accompagnement auprès du service de contraventions et application des peines (pour enregistrer le recours légal et fixer le rééchelonnement de la dette issue de nombreuses amendes pour mendicité - une loi pénalisant la mendicité a été appliquée pendant plusieurs années, dont la période concernée) et auprès de l’avocate bénévole représentant ces personnes dans des procès civils, afin d’éviter que les amendes se convertissent en jours de prison. Ces chiffres donnent la mesure d’une dominante du projet qui a été amené à opérer dans le cadre de la gestion d’une politique « antipauvre » (Wacquant, 2009 ; Tabin et al, 2014 ; Legros et Rosetto, 2011 ;). <br />Bien qu’à l’intérieur d’une structure associative forte à vocation caritative le projet a fonctionné comme une antenne d’action sociale indépendante (financée par des structures étatiques) focalisée sur la prise en compte de la spécificité de bénéficiaires. Nous avons accompagné le projet pilote avec une recherche-action. Dès lors, nous avons suivi l’équipe formée par une coordinatrice genevoise, une médiatrice roumaine et un médiateur rom, dans son travail quotidien, son organisation, son évolution à l’intérieur du réseau. Dans notre présentation, en nous basant sur cette recherche-action, nous proposons une réflexion autour des enjeux de reconnaissances vécus par les membres de cette équipe, des limites et des possibilités réelles de dialogue avec la communauté rom se trouvant sur ce territoire urbain. <br />Bénéficiant a priori d’une grande marge de liberté pour organiser le projet, parlant le roumain et connaissant les Roms d’une expérience précédente de bénévolat en Roumanie, la coordinatrice a soutenu et formé à l’intervention sociale les deux autres médiateurs. Notamment, elle a accompagné de près le médiateur rom recruté dans une logique de discrimination positive. Le parcours des trois membres de cette équipe est exemplaire pour illustrer les défis posés par le « dialogue » et la « médiation interculturelle ». Les outils de travail social mobilisés par la coordinatrice, ainsi que la gestion des ressources humaines, caractérisées par une grande densité émotionnelle et d'action, représentent une manière de s’adapter et de résister à la pression du contexte extérieur, mais également une source d’épuisement moral et professionnel. La professionnalisation de chacun des membres de l’équipe se décline selon des axes différents et a des conséquences différentes, que nous mettrons en évidence. Notre examen ultérieur a montré que le projet a fini par changer d’orientation vers une forme d’assistanat social de type « guichet », en abandonnant ainsi sa vocation initiale. <br />Nous montrerons comment la mixité culturelle et le dialogue intercommunautaire ont été en pratique une réelle difficulté. In fine, nous proposerons de considérer le caractère fragile d’un tel projet, d’observer que les marges de manœuvre dont disposent les acteurs impliqués évoluent dans le temps et sont dépendantes de très nombreuses conditions, objectives comme subjectives.<br />
Mots clés :
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