« La mise en place d’un espace de gratuité mobile : un outil de participation citoyenne ? »
Année : 2022
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
PATRICIO CAL ana (France) – anapatricio78@hotmail.com
GRASSINEAU benjamin (France) – benjamingrassineau@gmail.com
Résumé :
Notre intervention s’inscrit dans l’Axe 2 du colloque qui interroge les logiques d’action et de reconnaissance de l’expertise d’usage. Au travers de la présentation d’une expérience inédite, « le Boomerang : un espace de gratuité mobile », mise en place par des éducateurs-chercheurs d’un club de prévention spécialisée (APSAJ), dans le cadre d’une recherche-action pilotée par le laboratoire Lignes de crête, nous aimerions réfléchir sur le positionnement institutionnel et professionnel qui peut favoriser la participation des personnes.<br /><br />Qu’est-ce qu’un espace de gratuité ? Il s’agit d’un contenant ouvert, où chacun.e peut prendre et/ou donner des contenus et participer de façon libre à sa maintenance et à son animation. Dans cette recherche-action, démarrée depuis plus de deux ans, ce format permet de proposer un outil convivial, au sens d’Illich, évolutif, gratuit, ouvert, simple et facilement «appropriable ». Mobile, cet outil circule, en s’appuyant sur un camion et des caddies, entre des quartiers en rivalité afin d’agir sur les frontières mais aussi offrir aux jeunes un outil qu’ils peuvent mobiliser pour tenter d’enrayer la spirale de la violence qui les affecte ; et plus généralement, solutionner leurs propres problématiques dans le cadre d’une démarche de développement endogène. À cette fin, cette recherche-action mélange « l’aller vers », la dimension collective, la libre participation (maintenance, transformation et utilisation de l’outil) et la liberté pour chacun.e d’agir et de « construire son propre sens à l’action ».<br /><br />Nos premières observations montrent que cette démarche s’avère propice à l’échange, à la réflexion et à la rencontre. Elle crée du lien social, facilite la mobilisation des usager.e.s et induit un croisement entre l’expertise des usager.e.s et celle des professionnel.le.s. Elle assure en effet un rééquilibrage des rapports de savoir, de pouvoir et de responsabilités entre professionnel.le.s et usager.ère.s - citoyen.ne.s. L’explication la plus plausible de ce phénomène est que la gratuité, combinée à l’ouverture, atténue les rapports de force en « lissant » les statuts des personnes qui participent, contrairement au fonctionnement marchand ou professionnel (des vendeurs.euse.s face à des acheteur.euse.s, des acteur.rice.s associatifs face à des usager.ère.s demandeur.euse.s de services...) qui pourrait créer du clivage.<br /><br />Un autre résultat issu de notre recherche-action est que cette posture inédite bouscule les représentations que les travailleur.euse.s sociaux.ales et les institutions adoptent habituellement face aux personnes accompagnées. Ce qui interroge sur le positionnement normatif des travailleurs.euse.s sociaux.ales. Ne devraient-ils pas sortir de la relation de pouvoir qui s’établit de facto entre celui.elle « qui est supposé.e savoir » et celui.elle qui « est supposé.e ne pas savoir » ? Comment, en validant l’expertise d’usage des personnes, en leur permettant de la valoriser à travers le don, le travailleur.euse social.e peut leur redonner un savoir, une confiance en eux et donc une capacité de décision propre ? Et comment ce gain d’autonomie pourrait-il aider à la mise en route de la participation ? En particulier, le « laisser-faire » et la gratuité ne sont-ils pas de conditions nécessaires au développement d’un espace libre d’expression citoyenne ? Ne sont-ils pas la condition sine qua non pour que les personnes accompagnées trouvent par elles-mêmes une solution à leurs problématiques ?<br /><br />Sans apporter une réponse, du moins à ce stade de la recherche, nous verrons que le propos doit d’ores et déjà être nuancé. Empiriquement, des inégalités persistent dans la capacité des sujets à se mobiliser individuellement ou collectivement. De plus, les solutions ne sauraient être trouvées sans être contextualisées à l’intérieur de problématiques plus vastes. Peut-être alors la force du collectif et la capacité d’agir individuellement doivent nécessairement évoluer de concert pour aider les personnes à trouver leurs propres portes de sortie.<br />
Mots clés :
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