Des constats de terrain au plaidoyer politique.

Année : 2022

Thème : De la collaboration des travailleurs.euses de terrain et de la recherche dans la traduction de problèmes publics en enjeux politiques.

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

FERON pauline (Belgique) – pauline.feron@fdss.be
MAISIN charlotte (Belgique) – charlotte.maisin@fdss.be

Résumé :

Dans le cadre des intervisions réalisées par la FdSS avec les travailleur.euses de terrain, un constat revient sans cesse : pour de multiples raisons, les travailleur·euse·s ont souvent des marges de manœuvre réduites, leur métier consiste davantage à poser des « pansements » pour faire face aux ornières du système, plutôt qu’à proposer de réelles solutions aux personnes, en termes d’accès à leurs droits (Franssen, 2003 ; Bellot & al. 2013). <br />Face à cette impuissance, les travailleurs.euses éprouvent le besoin d’être écoutés et aidés, tant dans les constats qu’ils font sur les limites de leur métier que sur les réalités sociales difficiles des personnes qu’ils rencontrent au quotidien. Les intervisions, inter-services et entre travailleurs de première ligne, constituent une réelle réponse à ces besoins : l’échange entre pairs peut, à lui seul, débloquer des situations, leur permettre de trouver de l’information sur les droits sociaux – notamment pour compléter l’outillage des travailleurs et répondre, en partie, à la non-proposition de l’aide (Noel, 2020) – mais également renforcer leurs habilités d’usage du « pouvoir discrétionnaire » (Giladi, 2021) qui est le leur et trouver des stratégies pour ouvrir des brèches dans le système managérial, administratif, juridique dans lequel ils évoluent (Napoli, 2019). Toutefois, ces espaces d’échange ne sont pas suffisants : les travailleurs sont preneurs de « faire remonter » les situations vécues, par les publics et par « la profession » à un autre niveau, plus politique et décisionnel. Pour répondre à cette demande, les parties prenantes du dispositif téléphonique d’urgence sociale bruxellois « numéro vert social» - à savoir une cellule de recherch’action et des travailleur.euses de terrain – ont travaillé à co-créer un processus systématique de plaidoyer politique. <br />A l’heure où le confinement affaiblissait sensiblement le lien entre les services et les usagers de l’aide sociale et que certains habitant-e-s de Bruxelles faisaient face à de (nouvelles) problématiques sociales, le numéro vert a offert une lorgnette directe sur un partie des problèmes rencontrés par les habitant.es de Bruxelles, qu’ils soient d’ordre conjoncturel (liés à la crise sanitaire, l’ouverture/fermeture de certains services, les pertes d’emploi, les règles à suivre, les mesures compensatoires, etc.) ou structurel (liés à des situations de précarité datant d’avant la crise et bien souvent renforcées par celle-ci). Le besoin de compiler, consolider et d’utiliser ces données pour tenter d’apporter une solution à des problèmes ponctuels (tel que le non-accès à certains services ou aides spécifiques) ou pour alimenter un plaidoyer structurel de lutte contre la pauvreté et les inégalités s’est avéré primordial pour le secteur social associatif. <br />L’ensemble des données récoltées (quantitatives et qualitatives) a permis de réaliser des analyses hebdomadaires des appels reçus au numéro vert, qui ont été partagées avec les personnes en charge de communiquer, gérer, négocier avec les administrations et le politique sur les effets sociaux de la crise. Un réel sentiment d’ « utilité », lié au contexte d’urgence, s’est développé chez les répondant.es au numéro vert qui s’y investissaient pour répondre aux demandes sociales des personnes et pour donner à voir les situations vécues à d’autres acteurs (notamment politiques). À partir du numéro vert, mais également en collaboration avec (les constats) d’autres acteurs et porte-paroles du secteur social/santé, il s’est agi de porter les problématiques sociales dans l’espace public et médiatique et de tenter de les mettre à l’agenda politique (Lascoumes et Le Galès, 2012). <br />Ce plaidoyer est le fruit d’une collaboration directe et d’une participation consciente entre travailleur.euses de terrain, chercheuses et actrices du plaidoyer politique au sein de la FdSS. Il permet de répondre à minima à deux objectifs : consolider les discours sur la réalité sociale bruxelloise en rendant compte de ses complexités et de ses évolutions constantes, dans la perspective d’influencer l’intervention publique de manière à ce qu’elle soit la plus cohérente et efficace possible sur le terrain. Pour les travailleurs et travailleuses de terrain, pouvoir déposer les constats de problématiques structurelles qui concernent leurs conditions de travail ou le vécu des publics en ayant un regard sur le parcours, fructueux ou pas qu’elles suivront et la médiatisation qui en est faite d’en d’autres arènes.<br />Deux années après le lancement du numéro vert social bruxellois, l’ensemble des données (quantitatives et qualitatives) récoltées au travers du dispositif donne à penser son utilité sociale <br />

Mots clés :

Recherche-action, Politique publique, Plaidoyer politique

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