Quand la ville exclut. La voix des femmes marginalisées que nous n'écoutons pas
Année : 2022
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
Grimard Carolyne (Canada) – carolyne.grimard@umontreal.ca
BIDDLE BOCAN charlotte (Canada) – biddle.charlotte@hotmail.com
Résumé :
Notre communication propose de mettre de l’avant une critique des métropoles d’aujourd’hui là où s’articule la majorité des services d’interventions. Cette critique s’intéressera aux réalités vécues quotidiennement dans les villes par les personnes marginalisées, et particulièrement les femmes, et qui nous permettent de mieux saisir les obstacles à leur prise de parole. Divers obstacles démontrent comment l’intégration des voix des femmes est difficile dans la mise en place de projets structurants qui visent le changement des pratiques d’intervention en lien avec les besoins de ces personnes. D’abord basés sur les constats de géographes féministes, nous énoncerons les dynamiques intrinsèques aux métropoles d’aujourd’hui qui sont construites pour s’adresser à une certaine population au détriment de d’autres. Nous aborderons l’exemple de Montréal pour démontrer comment le design des infrastructures et les structures de pouvoir n’est pas fait pour prendre en compte certaines voix dans le développement de projets. Nous traiterons des stéréotypes genrés qui sont aux centres d’une incompréhension de la diversité des besoins des femmes marginalisées à Montréal (femmes économiquement pauvres, que la société racise, les femmes autochtones, les femmes handicapées, les femmes immigrantes, les femmes trans, les femmes travailleuses du sexe). Nous avançons que ces jugements sont souvent au cœur des limites décisionnelles qui empêchent les institutions de réellement comprendre les besoins des femmes. Finalement nous aborderons le paradoxe de l’État. Nous questionnerons le fait que la « démocratie » d’aujourd’hui fait systématiquement référence à l’institution étatique, ainsi qu’à des habitus précis, rendant souvent plusieurs personnes marginalisées réticentes à s’impliquer dans des projets visant à faire entendre leurs voix. L’appel systématique à l’État pour entreprendre des changements structurants et des projets sociaux est au cœur de l’enjeu des initiatives participatives. Or, certaines communautés ont peu à peu perdu leur autonomie politique en raison de la montée en puissance de l’État. Ainsi, la structure sociale actuelle (le financement destiné aux organismes communautaires, les prestations d’aide sociales pour les bénéficiaires, etc.) n’a pas été réfléchie ni construite en ayant l’objectif d’écouter ou de mettre de l’avant les voix diversifiées de la communauté. Cette relecture (historique et contemporaine) de l’institution étatique et de la démocratie est selon nous au cœur du nœud qui explique l’exclusion d’un bon nombre de personnes marginalisées dans les métropoles d’aujourd’hui. Ce constat explique également les frustrations persistantes des acteurs et actrices en interventions qui ne se sentent pas elles et eux non plus écoutées malgré la multiplication des processus consultatifs.
Mots clés :
Etat social, Femmes, Institution, Marginalité, sans-abrisme
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