Le passage de bénéficiaire à actant: mettre en lumière le rôle des pairs aidants dans la prévention des décès par surdoses
Année : 2022
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
PARENT ANDRÉ-ANNE (Canada) – andre-anne.parent@umontreal.ca
BERTRAND-DESCHENES antoine (Canada) – antoine.bertrand-deschenes@umontreal.ca
MERCIER michel (Canada) – micheltux0@gmail.com
Résumé :
Contexte<br /><br />Selon l'OMS, le nombre de décès dus à la consommation de drogue a été estimé à un demi-million dans le monde en 2017, et plus de 30 % de ces décès ont été causés par une surdose. Quoique des traitements efficaces existent, moins de 10 % des personnes qui en ont besoin en bénéficient et la situation s'est aggravée depuis la pandémie de COVID-19. Au Canada, des provinces ont connu jusqu'à 60% d'augmentation du nombre de surdoses, mortelles ou non, au cours de la dernière année. Devant cet état de fait, de nombreuses personnes concernées par le problème se sont organisées pour offrir aux personnes les plus à risque de vivre une surdose diverses formes d’intervention de type réduction des méfaits. Cela inclut notamment la distribution de matériel de consommation sécuritaire, des activités éducatives, des interventions d’urgence dans le cas d’une surdose et l’aménagement de sites de prévention des surdoses (Strike et Watson, 2019). Une partie importante de ces activités sont réalisées par des personnes concernées par le problème, qu’on dit soit « pairs aidants » ou « avec une expérience vécue » (Kolla et Strike, 2019; Olding et al., 2021). <br /><br />Dans le cadre d’une recherche exploratoire dans les villes les plus touchées par le phénomène des surdoses au Canada (n=7), nous souhaitions dresser un portrait de la situation. Les objectifs de ce projet étaient les suivants 1) explorer la situation dans chaque ville ; 2) comprendre l'action en matière de prévention des surdoses ; 2) entendre l'expérience de personnes ayant vécu une surdose. La théorie de la reconnaissance de Honneth a été utilisée pour explorer le phénomène (Honneth, 2007, 2008). <br /><br />Méthodes<br /><br />Une recherche qualitative a été menée, en utilisant une approche ethnographique. Des périodes d'observation dans des groupes communautaires et des partenariats intersectoriels, des entretiens individuels avec des intervenants (n=25) et des entretiens individuels avec des personnes touchées par des surdoses (n=15) ont été réalisés. Une analyse thématique inductive du matériel a été réalisée afin d’explorer les dimensions sociales, émotives, politiques et légales.<br /><br />Résultats<br /><br />Les personnes rencontrées ont été unanimes à dire que la crise des surdoses a pris de l'ampleur depuis la pandémie et qu'elle est aggravée par d'autres formes de crise et d'inégalités dans la communauté, notamment la crise du logement. Malgré la distribution d’antidotes aux opioïdes, de kits de consommation à moindre risque et d'activités éducatives sur les pratiques préventives, les acteurs de l’intervention sont confrontés à des décès quotidiens. Dans ce contexte, les pairs aidants ont joué soit des rôles complémentaires aux services des organismes communautaires et du réseau de la santé et des services sociaux ou encore, ils ont pallié une offre de services déficitaires. En effet, ces derniers ont investi les lieux retranchés, comme les campements et autres lieux situés à l’extérieur des quartiers centraux, afin de rejoindre les personnes les plus à risque. Leur approche est sans jugement, offrant un accueil inconditionnel et une réponse à des besoins fondamentaux dans un objectif de survie.<br /><br />Discussion<br /><br />Les campements se multiplient, tandis que l'embourgeoisement pousse les personnes les plus pauvres à la périphérie des lieux publics et que la répression à leur égard s’intensifie. Les traumatismes vécus s'accumulent et se croisent, rendant les plus vulnérables plus fragiles et contribuant à la stigmatisation déjà en place. Dans ce contexte, il est nécessaire de reconnaître que la crise des surdoses n'est pas "simplement" une crise des opioïdes, c'est la crise d'un système défaillant où les interventions doivent aller au-delà de la réduction des risques, pour inclure des actions sociales et politiques (Dasgupta et al., 2018; Virani et Haines-Saah, 2020). Dans ce contexte, les pairs aidants jouent un rôle crucial, en assurant la survie de nombreuses personnes, mais aussi en proposant des solutions alternatives, comme la consommation supervisée par les pairs et les clubs compassion. Reconnaître leur apport sur les plans sociaux, politiques et légaux permettra d’aborder l’intervention de façon plus appropriée.
Mots clés :
Solidarité de proximité, Justice sociale, Action alternative
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