Construire un dispositif d'accueil de jour pour et avec des femmes ayant un parcours de sans-abrisme et de mal logement
Année : 2022
Thème : Freins et leviers, bénéfices et limites d’un processus participatif innovant mis en place par l'ASBL L'Ilot (Bruxelles)
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
BLOGIE elodie (Belgique) – elodie.blogie@gmail.com
Résumé :
En mars 2021, L’Ilot, association belge qui accompagne les personnes en situation de sans-abrisme et de grande précarité, a entamé une étude exploratoire sur les besoins et constats relatifs aux parcours des femmes sans-abri à Bruxelles, en vue de concevoir un nouveau dispositif d’accueil de jour, bas seuil, uniquement pour femmes. La littérature et l’expérience de terrain révèlent que l’immense majorité des femmes en situation d’errance ont connu, dans leur parcours, des violences fondées sur le genre – souvent multiples – et que la vie en rue les expose à de nouvelles violences spécifiques à leur sexe/ genre. Or, à Bruxelles, l’ensemble des dispositifs d'accueil en journée sont mixtes, mais investis par une majorité d'hommes. Ils se muent dès lors en espaces peu sécurisants pour le public féminin. <br /><br />Pour penser un nouveau dispositif qui répondrait davantage aux besoins spécifiques des femmes en situation de sans-abrisme, un comité de pilotage intersectoriel a été mis en place, rassemblant des associations du secteur sans-abri ainsi que du secteur "droits des femmes" et deux chercheuses universitaires. Parallèlement, un groupe d’« expertes du vécu » a été créé. Une dizaine de femmes ayant connu une situation de sans-abrisme se sont réunies chaque semaine, de début juin à fin octobre 2021. Au total, 16 réunions de travail ont eu lieu avec les expertes du vécu, parallèlement aux rencontres du comité de pilotage. Le travail des deux cellules, animées par les deux mêmes chargées de projet, a abouti à un concept de dispositif d’accueil de jour bas seuil pour femmes, dont la concrétisation est prévue fin 2022 – début 2023. <br /><br />C’est ce travail de co-construction d’un projet innovant avec un groupe d’expertes du vécu que nous nous proposons de détailler, d’analyser, d’évaluer et de critiquer. L’objectif de cette approche était d’impliquer, dès la genèse du projet, les personnes concernées par les problématiques croisées de sans-abrisme, grande précarité et violences faites aux femmes. Il ne s’agissait donc pas d’écouter leurs témoignages en vue d’élaborer un projet, mais bien de leur donner la possibilité de dessiner elles-mêmes les contours de ce centre sur base de l’expertise qu’elles tirent de leur vécu. Le groupe d’expertes du vécu a donc été pensé comme un espace de réflexion, de discussion et de création, mais aussi d’échange, de socialisation, le tout dans un cadre se voulant bienveillant. <br /><br />En accord avec notre approche, nous souhaitons coconstruire cette intervention en croisant deux regards : celui des chargées de projet et celui des expertes du vécu. Il s’agira donc d’abord de pointer, depuis ces deux « places », les freins et les leviers – tant matériels que symboliques – à la participation, sur le long terme, des expertes du vécu dans ce projet collectif. Nous explorerons ensuite les bénéfices, et les difficultés de cette implication, sur les plans collectif et individuel, vus, à nouveau, à travers ces deux points de vue situés, qui seront exprimés lors de la communication par une experte du vécu et par la chargée d’étude / de projet. Enfin, nous nous pencherons sur le dialogue qui a pu se nouer entre ces deux positions, et entre le groupe d’expertes du vécu et le comité de pilotage (composé d’associations et d’académiques). <br /><br /> A ce stade, nous pouvons déjà exprimer le regret de n’avoir pas été en mesure de mélanger ces deux groupes. Pour quelles raisons ? Quels effets ce cloisonnement a-t-il eu sur les décisions prises et sur le ressenti des participantes ? Quels rapports de domination se sont rejoués au sein des différents groupes de travail et entre ces groupes ? Qu’a-t-on entrepris pour les amoindrir ? Finalement, quelle est la place réelle donnée à la parole des usagères dans ce processus novateur, et par définition expérimental ? Si nous considérons être allées bien plus loin que la « consultation », peut-on pour autant s’attribuer honnêtement le sésame de « co-construction » ? Et, si nous en doutons, quelles pistes ouvrir à d’autres pour contourner les pièges sur lesquels nous avons peut-être nous-mêmes trébuché ? <br />
Mots clés :
Pauvreté, Femmes, Co-construction
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