Réflexivité en travail social et paroles d’usager-e-s : comment et en quoi la reconnaissance de l’expertise des usager-e-s interroge-t-elle le processus de réflexivité des professionnel-le-s ?

Année : 2022

Thème : pas de sous-titre

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

RODARI Sophie (Suisse) – sophie.rodari@hesge.ch
RONCHI Anne (Suisse) – anne.ronchi@hesge.ch
LOSER Francis (Suisse) – francis.loser@hesge.ch

Résumé :

Notre contribution vise à questionner la place occupée par la parole et l’expérience des usager-e-s dans le processus réflexif des professionnel.le.s de l’action sociale en regard de leurs interventions. Pour ce faire nous nous appuierons sur les résultats d’une recherche exploratoire en Suisse romande financée par le Conseil scientifique du Domaine du travail social de la HES-SO et conduite de 2019 à 2021 dans trois dispositifs d’analyse de pratiques et de supervision (en formation continue et, ou mis en place à la demande de professionnel.le.s).<br /><br />Le paysage de la formation professionnelle en Suisse a subi une profonde mutation à la faveur de la réforme de Bologne . Depuis lors, pour renforcer les apprentissages métier, l’employabilité et la mobilité professionnelle, les savoirs disciplinaires ont cédé la place à une entrée par compétences promue par la figure du praticien réflexif (Schön, 1994). Valoriser les savoirs métiers constitue une initiative heureuse, car elle vient rappeler que l’exercice professionnel ne se limite pas au savoir-faire, mais exige des professionnel.le.s de devoir apprécier les situations ambiguës et mal définies auxquels ils et elles sont confronté-e-s et d’observer une prudence dans la décision et l’intervention (Vrancken, 2012). Ce qui suppose une capacité à déployer de bonnes compétences réflexives. Toutefois, des chercheur.e.s (Tardif, 2012 ; Monceaux, 2013) regrettent que l’entrée par compétences privilégie une perspective positiviste de l’activité professionnelle. D’une certaine façon, l’entrée par compétences placerait le focus sur les compétences instrumentales des professionnel.le.s et leur adaptabilité au poste ( Ravon, 2017). <br />Si la notion de réflexivité, associée à l’entrée par compétence et à la posture de praticien réflexif, revient comme un leitmotiv, nous nous sommes intéressé.e.s à ses objets et à ses finalités. Constitue-t-elle un outil au service d’une visée adaptative ou d’une visée critique qui de l’action ? Si l’on se réfère à Valérie Brunel (2008) et Jacques Tardif (2012), la réflexivité ne se limite pas à une capacité à revenir sur son action, mais d’être en mesure de la considérer en regard des déterminants organisationnels et sociaux. Cette perspective élargie constitue selon nous un élément essentiel pour favoriser des interventions sociales qui reconnaissent l’expérience des bénéficiaires et leur participation effective dans la résolution de leurs problèmes et leur retour à l’autonomie (Rodari & Bachmann, 2018). Il est ici question de la posture professionnelle des travailleuses et travailleurs sociaux et d’enjeux éthiques qui sous-tendent la relation d’aide (Loser & Romagnoli, 2019). <br /><br />Axes de la communication<br />A partir de nos résultats, nous développerons trois aspects : <br />1)La parole des usager-e-s au service de la recherche de solutions. Dans cette perspective, l’expression des besoins et des attentes des usager.e.s sert d’appui à la formulation d'une réponse satisfaisante à apporter aux problématiques des bénéficiaires du point de vue de ces professionnel.le.s, en regard de leurs contraintes institutionnelles. <br />2)Les dimensions personnelles et relationnelles sont centrales. Le processus de réflexivité observé ignore des éléments explicatifs contextuels des difficultés (classe, culture, genre, ethnie, etc.) comme des potentialités des bénéficiaires dans les échanges au sein de ces dispositifs. Cette focalisation tend à renforcer la responsabilité des usager.e.s à s’en sortir par eux-mêmes. <br />3)La parole des usager-e-s rapportée dans ces dispositifs est une parole tronquée. L’accent mis sur la résolution de difficultés interpersonnelles ou de problèmes rencontrés dans le déroulement de l’accompagnement est une des motivations qui conduit les professionnel.le.s à analyser leurs pratiques. Dès lors, dans leurs réflexions, il est souvent fait état de lacunes, de manques, de conflits et d’obstacles. Plus rarement de ressources, de potentialités et de perspectives qui pourraient également ouvrir d’autres horizons de compréhension et amorcer un processus de réflexivité professionnel multiréférentiel (Ardoino,1993). <br /><br />A la suite des éclairages apportés à ces trois aspects de nos résultats, nous proposons de discuter à partir des données d’enquête deux pistes pour que l’expertise expérientielle des usager-e-s soit mieux appréhendée:<br />-Développer en formation continue l’étayage théorique et didactique des animateur.trice.s des groupes d’analyse de pratique pour appréhender les différents niveaux de compréhension des situations exposées et mettre en perspective la parole rapportée des usager.e.s dans une pluralité de regards pour rendre intelligible la complexité de la réalité; <br />-Assurer l’entraînement à la réflexivité des participant.e.s des groupes d’analyse de pratiques par des modalités variées d’analyse de situations et l’instauration d’étapes de métaréflexion pour garantir une lecture multiréférentielle des situations présentées. <br />

Mots clés :

Bénéficiaire, Formation, Professionnalisation, réflexivité, analyse de pratiques, posture professionnelle

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