L’attente… les attentes… de la dépossession à l’espérance ? Analyse des parcours juvéniles en protection de l’enfance

Année : 2022

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

UDRESSY Olivier (Suisse) – olivier.udressy@eesp.ch
GOLAY Dominique (Suisse) – dominique.golay@eesp.ch

Résumé :

L’attente renvoie tout à la fois à une suspension temporelle momentanée ou durable faite de pertes et d’incertitudes et à l’espérance de conditions de vie meilleure, d’un avenir vers lequel tendre. En espagnol, « esperar » traduit ce double sens de l’attente et met en exergue le lien étroit entre une coupure, un gel dans le parcours des individus, et un horizon souhaitable ou souhaité. Paradoxalement, si l’attente en tant que vécu individuel est souvent « invisibilisée », les territoires de l’attente (Vidal & Musset, 2017) en tant qu’espaces « réservés » sont eux bien visibles. Espaces plus ou moins ouverts ou fermés, les lieux de transit ou d’accueil mettent à jour une démarcation ou des frontières à l’intérieur même de la société faisant de leurs occupant·e·s des « outsiders » ou des étrangers au sens de Becker (1985). Bien que les territoires de l’attente soient plutôt analysés en regard des situations de migration, ils peuvent, par analogie, permettre de saisir la mesure de placement à des fins de protection destinée aux mineurs quand bien même le contexte et les populations concernées ne sont guère comparables. En effet, le placement est une mesure limitée dans le temps, transitoire, en vue d’un retour à domicile et/ou d’une sortie associée au passage à la majorité. Pourtant, elle suppose, à l’instar des situations de migration, un déplacement géographique et social (Potin, 2012) dans un espace réservé dans l’attente d’une amélioration de la situation familiale en vue d’un retour à domicile et/ou dans l’espérance d’un avenir meilleur par le biais, notamment, d’une insertion sociale et professionnelle garante d’une forme de stabilité et de sécurité.<br /><br />Or, si le placement peut être perçu et vécu comme une phase d’attente, une coupure faite de pertes et, parfois, d’un sentiment de dépossession de sa vie ou de son parcours, il est également marqué par des attentes à l’égard des institutions et des professionnel·le·s. Ces attentes, qu’elles relèvent d’expectations et/ou d’espérances, rendent compte d’une réappropriation du temps d’attente symbolisé par le placement et d’une reconfiguration identitaire engendrée par la coupure, le déplacement et, parfois la projection vers un futur souhaité. A ce titre, le placement peut être considéré comme un espace-temps constituant une forme de sas, une suspension temporelle porteuse d’espoir mais aussi de déception voire de désillusion. En ce sens, cette mesure bien qu’elle vise la protection comprend également le risque d’accentuer la vulnérabilité sociale de celles et ceux qui en font l’expérience, tant le sentiment de dépossession ou de disqualification qu’elle génère peut fragiliser la construction identitaire et l’appartenance à une ou des communautés qui, selon Neuburger (2003), permettent « d’exister ». Sous cet aspect, les attentes des mineurs, loin d’être irréalistes, s’inscrivent pleinement dans la logique du système de protection et se heurtent, faute parfois d’être entendues, à celles des professionnel·le·s chargé·e·s de les accompagner.<br /><br />Partant de témoignages de jeunes adultes ayant vécu un placement, cette communication vise à analyser le placement sous l’angle de l’attente dans le but de rendre visible l’expérience vécue et de mettre à jour le télescopage des attentes entre mineurs et professionnel·le·s. En effet, si l’attente est porteuse de métamorphoses dans la mesure où les relations peuvent être source d’une émergence nouvelle (Morin, 2008), les attentes tacites ou explicites des acteurs en présence relèvent encore d’un angle mort. Dès lors, comment l’analyse des boucles de rétroaction peuvent-elles permettre d’une part de soutenir la reconnaissance des mineurs comme sujets-experts et d’autre part alimenter la réflexion sur les pratiques professionnelles ? <br />

Mots clés :

Acteurs, Intervention sociale et travail social, Analyse de discours, Attente

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