De la composition d’un savoir professionnel à la découverte d’un « savoir-faire » des « jeunes », le cas d’un centre de jeunes dans le quartier de Bayemont.
Année : 2022
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
PINTO benoît (Belgique) – benoit.pinto@ulb.be
Résumé :
De la composition d’un savoir professionnel à la découverte d’un « savoir-faire » des « jeunes », le cas d’un centre de jeunes dans le quartier de Bayemont.
Depuis plus de 30 ans, des organisations installées dans le quartier de Bayemont ont constitué une association de fait intitulée « Groupe Porteur ». Cette assemblée se réunit mensuellement afin d’échanger sur les pratiques de chacun et mener une réflexion sur les problématiques sociales locales. Vers 2010, l’association inaugure un projet en commun, à destination de la jeunesse locale. Cette initiative fait suite à la recomposition d’un problème social, d’une catégorie, les dits « jeunes ». Les objectifs du centre sont esquissés. Les travailleurs sociaux mandatés à son fonctionnement auront pour mission principale d’alimenter la connaissance des organisations fondatrices au sujet des pratiques juvéniles. Les « jeunes » font en effet l’objet de préoccupations de la part des membres du « Groupe Porteur » : violence polymorphe, décrochage scolaire, voire des actes de petite délinquance. Par ailleurs, la jeunesse locale reste à distance des organisations ou développe une « adhésion variable » (Roulleau-Berger, 1993) envers celles-ci. Progressivement le projet en commun intitulé « Espace Jeunes » développe son intervention. Un local permet l’accueil des 12-25ans 4 jours /semaine, des activités sportives et/ou socioculturelles sont organisées. En d’autres mots, il s’agit d’offrir un lieu pour la jeunesse locale se rassembler, se retrouver. De plus, il est question de coconstruire avec les « jeunes » des activités afin de mieux comprendre leur mode de vie et de tendre vers un certain épanouissement.
Alors que l’objectif principal envisagé consiste à alimenter le savoir du « Groupe Porteur » au sujet des pratiques juvéniles, quel regard pouvons-nous porter sur ce processus qui a conduit en la mise en place d’un projet collectif ? A cet effet, nous aimerions montrer que, non seulement la recomposition de la catégorie sociale, les « jeunes », s’élabore au départ de ce qui a pu être appris et/ou tenté de la part de plusieurs organisations installées dans le quartier et représente également la formation d’un savoir professionnel partagé. Par ailleurs, ce savoir professionnel se limite-t-il à apporter une confirmation de la problématique sociale définie initialement, ou les interactions entre « jeunes » et travailleurs sociaux sont-elles en mesure de donner un éclairage singulier sur les pratiques de la jeunesse locale ? Révèlent-elles plus particulièrement, du « savoir-faire » (Stroobants, 1993 citée dans Demailly et Garnoussi, 2015) en mesure de ne pas/plus s’en tenir à des formes de « domination » (Kolly, 2012) dont les « jeunes » seraient les réceptacles ? Pour ce deuxième volet, nous souhaitons montrer au travers de deux modalités d’intervention singulières, l’accompagnement scolaire et dans les premières démarches d’insertion socioprofessionnelle, que les pratiques juvéniles concernent des manières de savoir s’y prendre avec des institutions diverses. De plus, il s’agira aussi de montrer que des pratiques laborieuses sont sources de élaboration de « savoir-faire », pour lequel le quartier et ses composantes constituent des ressources.
Pour notre développement, nous nous appuierons sur notre double positionnement travailleur social/chercheur au sein du centre de jeunes. Nous mobiliserons un matériau issu de notre démarche ethnographique. Notre « participation-observation » des accompagnements représenteront les situations à partir desquelles nous tenterons de présenter les pratiques juvéniles exposées au travailleur social-chercheur. Les entretiens menés avec les professionnels de l’intervention sociale locale afin de saisir le processus de recomposition de la catégorie « jeunes », permettront de découvrir leurs tentatives d’accompagnement et la nature de leurs interactions avec la jeunesse locale.
Mots clés :
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