Regardées mais rarement vues: tensions et paradoxes des (In)visibilités en itinérance féminine.
Année : 2022
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
DESROSIERS Anick (Canada) – anick.desrosiers@mail.mcgill.ca
MacDonald Sue-Ann (Canada) – sueann.macdonald@umontreal.ca
Résumé :
L’itinérance féminine est une réalité souvent peu visible (Bellot et Rivard, 2017) dans un croisement où certaines profondeurs de cette réalité sont intolérables et impossibles à montrer pour celles qui la vivent et insoutenable à regarder pour les témoins (Bartholomaeus et Strelan, 2019). La visibilité est pourtant nécessaire pour être, exister socialement et faire valoir des droits (Arendt, 1958; Fisher, 2008). <br /><br />N’ayant pas de lieu privé où se vivre, l’itinérance est à la fois une situation d’hyper visibilité potentielle et de non-visibilité globale. En effet, lorsque ces femmes sont vues, nos sociétés ont tendance à les réduire soit à leur situation d’itinérance, soit à un diagnostic concomitant, ouvrant la porte à d’autres victimisations et stigmatisations (Huey et Ricciardelli, 2016). Il semble que, pour plusieurs femmes en situation d’itinérance, le coût identitaire de l’intersection entre la visibilité réductrice et l’invisibilité sociale fait de la question de l’itinérance une réalité très délicate lorsqu’il s’agit de la rendre visible (Fricker, 2018; Harris, 2019; Voirol, 2013).<br /><br />Le rapport à la visibilité est donc ambivalent, paradoxal et souvent intenable pour les femmes en situation d’itinérance. Dans le cadre de cette communication et en nous appuyant sur les notions de reconnaissance et de pathologie du social d’Axel Honneth (Harris, 2019; Honneth, 2001; Houston, 2016; Laitinen et Särkelä, 2020) ainsi que sur l’expérience clinique des autrices, nous porterons la voix de femmes québécoises en situation d’itinérance ayant participé à la recherche Rendre visible l’itinérance au féminin (Bellot et al., 2018) en Montérégie, au Québec, pour illustrer à la fois comment la visibilité sur la question de l’itinérance est nécessaire, mais aussi sensible et potentiellement délétère pour ces femmes.<br />
Mots clés :
Exclusion, Femmes, Itinérance, rapport à la visibilité
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