Ateliers empowerment
Année : 2022
Thème : Une réapropriation de soi au moyen du collectif
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
UPJOHN hélène (Suisse) – hupjohn@ip-worldcom.ch
Résumé :
C’est dans le contexte de la préparation de la Grève féministe (1) que le projet d’ateliers empowerment a vu le jour. Contexte militant donc, au sein duquel se pose régulièrement la question du lien entre l’engagement collectif - ici la grève nationale - et son effet de transformation sur chacune.x de nous. Les ateliers gratuits, en espaces safe (2) sont proposés en mixité choisie (3) et en co-animation (4) dans un théâtre de Genève. Les relations égalitaires sont au cœur de l’intervention, chacune.x. reconnue.x et légitime pour son expérience et son expertise. <br />Annoncée sur les réseaux sociaux, de bouche à oreille, chaque rencontre (une trentaine à ce jour) s’est révélée être une expérience singulière, source de découvertes, de questionnements et d’étonnements. Dans chaque atelier, d’emblée, un climat s’installe, généré par la présence de chacune.x mais permis aussi par l’existence du groupe. Le partage fait événement. Les mots sont par-eux-mêmes expérience. Le climat qui s’installe est celui de l’attention et de la précaution, de l’écoute aussi. Comme si chacune.x d’emblée avait à l’esprit l’effraction qui s’opère en soi et dans le groupe lors de la prise de parole. S’il y a de l’empowerment (5), c’est que partager, c’est trouver une issue pour aller vers une possibilité de transformation de soi et d’action sociale. L’expérience de l’échange induit aussi la possibilité de se distancier d’expériences douloureuses, humiliantes et/ou avilissantes que sont les expériences de discrimination et de les transformer en un vécu objectivé et distinct de soi.<br />En lien avec le sexisme, d’autres discriminations surgissent. Il est fréquent que les participante.x.s concluent en évoquant la joie. La prise de parole, mais aussi l’écoute sont souvent source de renforcement. Mais c’est sans doute le fait d’éveiller un fond d’expériences communes, tues et souvent invisibilisées, qui va être déterminant. Voir son expérience confirmée et étayée par le groupe renforce un sentiment d’appartenance et offre l’expérience de (re)joindre les autres pour un monde commun. Enfin, l’absence d’attente quant à une performance ou un résultat se révèle fondamentale. Articuler sa pensée, son expérience, ses sentiments et ses émotions à celles des autres et faire ainsi monde, relève d’une des expériences les plus puissantes, sans doute parce qu’elle en appelle à notre humanité.<br />Cette présentation sera l’occasion de faire un bilan d’une telle expérience. On s’intéressera au profil des participante.x.s, à leurs motivations ainsi qu’au profil des animatrices qui bien que formées et expérimentées doivent réussir, chaque fois, à créer un espace horizontal. Enfin, c’est l’expérience elle même que nous questionnerons, entre militance et engagement social.<br /><br />(1) Grève féministe nationale suisse du 14 juin 2019 qui a rassemblé 500 000 personnes.<br /> <br />(2) Par espace safe, on entend un espace où chaque personne se sent en sécurité et protégée de rapports d'oppressions et d'agressions. Il s’agit d’un espace où les tensions ne sont pas absentes mais qui sont objet de questionnement et de déconstruction in situ. <br /> <br />(3) Le choix d’espaces en mixité choisie, c’est à dire un cloisonnement de l'espace, loin d'avoir pour objectif d’exclure qui que ce soit, favorise un espace de confiance, de questionnement et de projection d’un possible espace commun. Les questions de l’invisibilisation et de l’effacement dans l’espace public au cœur de ce travail seront d’autant plus percutantes qu’elles peuvent se poser entre personnes ayant un vécu similaire. <br /> <br />(4) Il s’agit d’une co-animation avec Ariane Arlotti, photographe, militante engagée avec qui nous avons travaillé dans un autre contexte pour des ateliers de non-violence.<br /><br />(5) Nous reprenons l’acception initiale féministe de l’empowerment comme pouvoir collectif et politique et comme pouvoir intérieur qui renvoie à la confiance en soi et à la capacité de se défaire de l’oppression intériorisée.<br /><br /><br /><br /><br /><br />
Mots clés :
Genre, Féministes, Lien social, Travail de groupe
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