Interroger le point de vue des jeunes filles sur les métiers dits masculins
Année : 2022
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
BLANJEAN coline (Suisse) – coline.blanjean@hevs.ch
LONFAT nadja (Suisse) – nadja.lonfat@hevs.ch
DE GASPARI Eline (Suisse) – eline.degaspari@hevs.ch
Résumé :
Depuis plusieurs années maintenant, une sous-représentation des femmes est identifiée dans trois domaines de formation de la HES-SO Valais-Wallis : la filière Économie d’entreprise, la filière Informatique de Gestion et la Haute École d’Ingénierie. Malgré un investissement dans des activités de promotion de l'égalité des chances, la participation des filles dans les activités mixtes d’éveil scientifique reste faible. Depuis 2018, afin d’augmenter la participation féminine, des camps non mixtes de quatre jours sont organisés. Durant l’été 2021, cinq camps ont eu lieu : informatique (fille), entrepreneuriat (fille), technique (fille), technique (garçon), technologie du vivant (fille/germanophone). Dans ce cadre, la Haute Ecole de Travail Social a été sollicitée pour un travail de recherche et entendre le discours des jeunes filles sur leur représentation de ces métiers et sur leur intérêt à se former dans ces branches.<br /><br />Le choix d’une filière de formation masculine pour les femmes reste un phénomène minoritaire en Suisse (Gianettoni, Simon-Vermot & Gauthier, 2010). Ces camps non mixtes permettent de sensibiliser les filles à un métier technique. Par ailleurs, la non-mixité permet d’accroître leur confiance en elles et amène un sentiment d’inclusion par le biais de l’entre-soi féminin. Les jeunes filles sont encadrées par des professionnelles de la branche afin d’avoir des modèles féminins. Deux types d’évaluations ont été effectuées auprès des jeunes qui ont entre 10 et 14 ans :<br />•Une évaluation globale du camp, soumise le dernier jour (qualité du camp, accompagnement, apprentissages, etc.).<br />•Une évaluation des compétences des participant.e.s, du début à la fin du camp.<br /><br />Depuis 2021, des observations et des entretiens ont été effectués. Ces derniers ont permis de relever d’une part l’importance du contexte non mixte pour faire émerger chez les jeunes filles des compétences qui resteraient invisibles dans un contexte mixte, d’autre part l’importance de l’entre-soi féminin et du rôle des modèles féminins dans la formation des métiers dits masculins. Pour cette communication, nous souhaitons revenir sur l’évaluation des camps 2021, et tout particulièrement sur la non-mixité comme moyen favorisant l’inclusion des femmes dans des milieux professionnels masculins. De ce fait, le développement d’une visée inclusive dans l’éducation et la formation parait indispensable à l’heure actuelle pour permettre un choix de formation non genré. En donnant la parole aux usagères (ici les jeunes filles ayant participé aux camps non-mixtes et aux camps mixtes), ces dernières nous transmettent leur parole d’expertes autour de leurs représentations des camps et de leurs compétences. <br /><br />Comme le stipule François Aballéa, si le travail social représente de nos jours un métier relationnel au service des personnes ou groupe de personnes, il s’intéresse également aux processus qui rendent ces derniers vulnérables ou désaffiliés dans des contextes donnés. Dans cette perspective, les camps mixtes rendent les jeunes filles vulnérables car ils ne favorisent pas le sentiment de confiance en elles, ni ne leur permettent d’évoluer sur leurs compétences. Concrètement, nous avons constaté des attitudes de retrait lorsque les garçons sont présents, une crainte du regard des autres, une ambiance de groupe délétère avec des bagarres entre les participants masculins, une auto-évaluation négative des jeunes filles, et l’émergence de rapports de force. En ce sens, prendre en compte la parole des usagères sur leurs représentations des camps non-mixtes permet de rendre visible ce qui était invisible, non pris en compte dans l’aménagement des classes mixtes ou dans les politiques sociales des dix dernières années. En effet, comment justifier, à l’heure de l’égalité des genres, des chances, des salaires, un concept de formation perçu comme un retour à la non-mixité ? <br /><br />La reconnaissance de l’expertise des usagères, à savoir que le contexte de non-mixité de ces camps favorise l’émergence de leurs compétences et les amène à un choix de formation non-genrée dans le futur, maintient l’organisation non-mixte des camps d’été. Ce savoir d’« usagères-expertes » impacte également les professionnels de l’éducation et de la formation. En effet, à la création d’un entre soi féminin s’ajoute l’importance des modèles féminins dans les formations techniques. Par ailleurs, ces camps non-mixtes, par la prise en compte de la parole des jeunes filles, participent à la réflexion sur le processus de formation des métiers techniques. Les modèles de formation deviendront plus inclusifs et égalitaires ; le but final étant que les jeunes se sentent capables et légitimes de débuter une formation dite « masculine ». <br />
Mots clés :
Genre, Formation
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