Savoirs locaux en travail social

Année : 2022

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

ZOUNGRANA Jean (France) – jean.zoungrana@yahoo.fr

Résumé :

<br /><br />Si les marges de toute société sont essentielles à sa compréhension, les personnes en marge de celle-ci ne sont pas dépourvues de savoirs à son intelligence. Bien au contraire, elles sont porteuses de savoirs que Michel Foucault qualifie de « savoirs locaux des gens » . En effet, c’est en donnant directement la parole aux détenus qu’il a pu mettre en évidence ces types de savoirs : rendre manifeste le savoir des détenus en recourant directement à eux et à leur parole authentique sans intermédiaire. Ces savoirs, Louise Blais les qualifiera plus tard de « savoirs ordinaires » que le savoir scientifique ou officiel tend à rendre invisibles voire muets . Savoirs assujettis, savoirs ensablés ou ensevelis, savoirs en dessous de la scientificité, savoirs empiriques, le domaine des savoirs locaux est à prendre avec tout le sérieux requis pour l’analyse. C’est le cas de Thierry Gutknecht qui, dans son livre Actualité de Foucault, Une problématisation du travail social, considère que les savoirs ordinaires sont au cœur du travail social en en pointant 3 exigences clés.<br />Premièrement, l’indice que tout professionnel se doit d’avoir un sens critique : cela s’opérant par un travail de distanciation de ses propres outils de compréhension afin de saisir le savoir de l’autre tel qu’il s’énonce dans sa propre cohérence. Deuxièmement, tout professionnel doit tenir compte de l’orientation voulue par l’usager à travers son discours. Troisièmement enfin, le travail social doit permettre à l’usager, à travers la mobilisation de ce savoir, d’être pleinement acteur de l’amélioration de sa situation. Acteur de sa situation, il serait nanti d’un savoir.<br />On voudrait alors ici questionner la part de ces formes de savoirs dans la formation des travailleurs sociaux. Sa réalité, son usage et sa fonction. En quoi et comment les personnes accompagnées sont-elles partie-prenante dans la formation des futurs travailleurs sociaux ? Représentent-ils des partenaires constructifs ou des faire-valoir aléatoires superflus par superficialité ? Au fond, quelle place et quel rôle les centres de formation assignent-ils à ces personnes ? Comment et sous quelle forme ces savoirs sont-ils reconnus et légitimés ? De fait, en France, différents textes, et états généraux de l’environnement du travail social incitent fortement les Etablissements de Formation en Travail Social (EFTS) à faire participer les personnes concernées : la reconnaissance des savoirs expérientiels de ces personnes permettrait de changer les représentations sociales des futurs travailleurs sociaux sur les usagers comme sujets de droit et de savoirs dont les besoins sont en constante évolution.<br />Pour ce faire, ce papier propose de prendre appui sur le cadre légal et réglementaire de l’EFTS (projet institutionnel, dossier d’agrément – en l’occurrence l’ESEIS, l’Ecole Supérieure Européenne de l’Intervention Sociale, Strasbourg) afin de rechercher les aspects institutionnels et les démarches effectives dans le centre de formation. La méthode qualitative utilisée sera constituée de 7 entretiens semi-directifs avec les responsables pédagogiques et formateurs permanents, 3 entretiens avec des étudiants ayant bénéficié de plusieurs cours avec des personnes accompagnées, 3 entretiens avec des personnes concernées. L’ensemble sera exploité aux fins de vérification de l’importance accordée aux savoirs locaux dans cet établissement.<br />

Mots clés :

Co-construction, Participation, Savoirs

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