Croiser des expertises pour développer des habiletés pratiques pour mieux repérer la violence dans le couple

Année : 2022

Thème : Elaborer une méthodologie de détection et d’orientation pour le champ du Travail social nécessite de croiser les savoirs pratiques du public-cible avec l’expertise thématique de spécialistes de la violence. Prendre en compte l’avis d’un seul acteur comporte le risque de ne pas identifier des dimensions utiles à la transposition d’un tel outil.

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

LORENZ COTTAGNOUD Susanne (Suisse) – susanne.lorenz@hevs.ch
FLUEHMANN Christophe (Suisse) – christophe.fluehmann@hefr.ch

Résumé :

Réduire la prévalence des violences au sein du couple ainsi que ses conséquences délétères pour les personnes victimes et/ou auteur·e·s relève d’un enjeu de santé publique. Dans ce but, la « Convention d’Istanbul », ratifiée par la Suisse, recommande de renforcer les compétences des professionnel·le·s accompagnant des personnes concernées, dont les travailleurs et travailleuses sociales.

Repérer les personnes vivant de la violence et leur faciliter l’accès à une aide ciblée complète les mesures de protection et de responsabilisation. Les protocoles élaborés par le champ médical (Flores et al., 2010) ne peuvent être transposés dans celui du Travail social (Lorenz et al., 2013). Si les intervenant·e·s sociaux rencontrent des personnes concernées par ces violences (Gillioz et al., 1997; Seith, 2003), leur contexte d’intervention, leur mission et leur formation les amène à se focaliser sur la situation socio-professionnelle et/ou économique des bénéficiaires, faisant ainsi passer sous le radar la plupart des signes indicateurs de violence cités dans lesdits protocoles.

La méthodologie DOSAVI (détection et l’orientation sociale accompagnée de personnes concernées par la violence dans le couple) complète la panoplie des mesures existantes. Axée sur les spécificités du Travail social, elle promeut des pratiques orientées vers les victimes et auteur·e·s, et intègre le principe de la création d’un lien comme point de départ pour améliorer la qualité de vie et la participation sociale de ces individus (Lorenz & Fluehmann, 2019).
L’élaboration de la méthodologie a associé plusieurs approches dans le but de voir émerger des consensus. Des entretiens de groupe avec des professionnel·le·s du social et un sondage en plusieurs étapes auprès de personnes disposant de connaissances spécifiques, notamment dans le champ de la violence, ont permis de recueillir des informations utiles à l’élaboration et à la transposition de la méthodologie. Cette stratégie a également facilité le repérage de divergences : si les praticien·ne·s du Travail social partent de leur expérience de terrain, le deuxième groupe d’intervenant·e·s s’appuie sur une expertise thématique.

Les intervenant·e·s sociaux proposent d’intégrer une approche avant tout pragmatique, plaçant la pratique au cœur de la formation. Sans faire l’impasse sur des apports théoriques ou des informations sur le réseau, elles et ils attendent que le module de formation prévoie une expérimentation pour qu’émergent des savoir-faire et une réflexion pour élaborer des outils utiles à la pratique. Cette vision recoupe partiellement celle énoncée par les personnes avec des connaissances et/ou expériences spécifiques. Ces dernières jugent qu’une formation dans ce domaine devrait transmettre des connaissances très pointues sur la thématique et que, même si l’entraînement au questionnement apparaît comme central, les contenus enseignés recommandés correspondent en grande partie à des prescriptions quant aux attitudes à adopter.

Les deux groupes privilégient des approches et des contenus différents. S’opposent ici la transmission de consignes et d’un savoir spécialisé à un processus de formation au cours duquel le partage d’expériences crée de la connaissance et soutient l’adaptation d’outils au contexte. La manière d’aborder la thématique de la violence avec les usagères et usagers varie également : les uns recommandent un questionnement systématique, les autres privilégient un questionnement prudent et un ajustement aux personnes accompagnées.

Cette communication thématise la manière dont ces différents savoirs, soit ceux reliés à la pratique et construits au gré des rencontres avec des usagères et usagers et ceux relevant d’une expertise thématique, ont été pris en compte lors de la conception de la méthodologie DOSAVI. Il sera aussi question des zones de tension qui émergent d’un tel processus ainsi que de l’opportunité d’y impliquer ou non des personnes concernées.

Mots clés :

Recherche-action, Intervention sociale et travail social, Intelligence collective, violence

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