L’expérience du théâtre participatif comme outils de redéfinition du rapport à l’usager dans la construction professionnelle des futurs travailleurs sociaux
Année : 2022
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
LAC MICHEL (France) – lac@univ-tlse2.fr
Résumé :
En partant du modèle de l’implication/explication telle que définit par C. Mias (1998) nous interrogeons ici la pertinence et les effets éventuels d’interventions basées sur le principe du théâtre participatif (A. Boal 1975) dans le cadre de formations de travailleurs sociaux. Ce travail en cours, s’inscrit dans le contexte d’une étude menée sur les liens entre altérité et implication professionnelle dans le processus de professionnalisation des acteurs de l’intervention sociale (C.M. Cavard 2021). <br /><br />Depuis plusieurs années, à travers les résultats de travaux d’étudiants, de recherches menées à partir d’entretiens individuels et collectifs sur l’implication professionnelle des acteurs de l’intervention social, nous constatons une diminution très sensible de la dimension collective dans la manière dont ce public aborde son travail et sa professionnalité. Tout particulièrement la relation entre pairs et la notion de groupe semblent largement supplantées par le lien aux usagers (dans leur singularité) et une plus grande indépendance dans le travail souhaitée et revendiquée. <br /><br />Ce constat s’il peut paraître cohérent avec les transformations du secteur et du rapport au travail en général nous a toutefois questionné. Comment construire une identité professionnelle, comment participer d’un projet (de transformation) sociétal, comment s’impliquer tout simplement en dehors d’espaces de négociation entre les acteurs ? En reprenant les travaux de C. Mias (1998) et de A. Cazeneuve (2012) sur l’implication passive et son expression nous avons émis deux hypothèses : soit nous étions (et sommes encore) dans une transformation profonde des éléments constitutifs de l’implication professionnelle des travailleurs sociaux . Cette transformation engendrant, selon C. Mias une perte momentanée du sens et des repères historiquement construits. Soit, comme le montre A. Cazeneuve dans sa recherche, s’agit-il d’une forme d’impossibilité, pour ces acteurs, d’aborder certains aspects de leur vie de professionnels ou de futurs professionnels. Il s’agirait, dans cette perspective de créer ou recréer les conditions d’une expression à la fois libérée du non dicible et moins emprunt d’indicible. <br /><br />Sur la base de ces deux hypothèses, nous avons programmé avec C.M. Cavard, formée au théâtre forum, trois séances d’une demi journée chacune avec trois promotions de stagiaires en EFTS (2 en formation AES et 1 en formation ES). Le pari était de faire émerger par ce biais des éléments « cachés » lors de recueils de données plus conventionnels. <br />Deux résultats principaux (que nous illustrerons par des exemples vécus dans ce dispositif) seront évoqués et mis en discussion. Le premier concerne la place donnée aux usagers dans le travail des acteurs participants. Même si ce dispositif n’incluait pas de véritables usagers, la quasi totalité des situations problématiques proposées par les stagiaires mettaient en scène ces derniers. <br />Il apparaît à nouveau une centration des apprentis travailleurs sociaux sur une volonté de protection des personnes dont ils ont la charge. Un usager, potentielle victime, personne fragile dont l’éducateur, dans une relation singulière serait une forme de « béquille ». Les collègues, les familles, la hiérarchie étant évoqués comme facteurs principaux des dysfonctionnement ou conflits par leurs interventions ou postures inappropriées.<br />Plus avant dans le déroulé de ces séances, par le jeu des réinterprétations successives propres au théâtre forum, nous assistons à une recentration des préoccupations sur les pairs ou les autres protagonistes. Ainsi une attention aux réalités vécues, aux logiques de ces potentiels « empêcheurs de tourner en rond » se fait sentir. <br /><br />Dans un troisième temps, lors des débriefings de séances, l’expérience vécue est considérée comme une véritable remise en question du regard porté sur la profession et peut-être une reconsidération de la place de l’autre, usager ou pair, dans la construction de sa pratique et de sa professionnalisation.
Mots clés :
Professionnalisation, Usager, Action alternative
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