Expertise usagère et jugement professionnel dans la co-construction de l’intervention sociale
Année : 2022
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
HEIJBOER claire (France) – c.heijboer@epss.fr
PETIAU Anne (France) – anne.petiau@buc-ressources.org
LENZI Catherine (France) – lenzi.catherine@ireis.org
Résumé :
Nous présentons les résultats de la recherche « Le triptyque personne accompagnée – professionnel.le.s – proches-aidants dans l’intervention dans le milieu de vie de personnes handicapées psychiques : Co-construction de l’intervention et expertises multiples » menée au sein de quatre services d’accompagnement à la vie sociale (SAVS) et services d’accompagnement médico-social pour adulte handicapé (SAMSAH) en Île-de-France et en Rhône-Alpes. Ces services, créés en 2005, issus du mouvement de désinstitutionnalisation de l’action sociale et médico-sociale, visent à soutenir les personnes en situation de handicap psychique dans leur milieu de vie. La recherche triptyque propose une analyse de l’intervention sociale de ces contextes autour de deux grands axes : la mobilisation et la reconnaissance des savoirs experts de chacun.e des acteurs.rices et l’évolution de l’équilibre des pouvoirs et de l’asymétrie des places de chacun.e.<br />Dans le cadre de cette contribution, nous poursuivons la question suivante : peut-on observer des formes d’hybridation des expertises usagères et professionnelles dans les décisions relatives aux accompagnements sociaux des personnes ? Notamment, quels sont les supports mis en place pour que les personnes participent pleinement aux décisions qui les concernent ? Avec quelles réussites et quelles limites ?<br />Les pratiques des professionnel.le.s, parce qu’elles sont attentives à la complexité du réel et à la singularité des situations nécessitent partout la mise en œuvre de la « prudence » (Champy, 2012) ou de la « sagesse pratique » (Kueni, 2019) en opposition à des applications mécaniques de règles ou de standards. Accompagner les personnes vers une expression de leurs préférences, de leurs désirs, suppose des prises de risques qui appellent en retour des délibérations entre pairs afin de peser sur les décisions prises et de consolider le jugement professionnel, et avec lui, le processus qui vise à accroître l’autodétermination des personnes. Mais cependant, ces espaces de délibération tiennent dans le même temps à distance les personnes accompagnées des définitions des situations et des prises de décision. Le soutien à l’autodétermination des personnes accompagnées dépend, plus largement, de logiques méso et macro qui leur sont extérieures et sur lesquelles elles n’ont pas de prise directe. <br />Notre recherche montre l’oscillation des modalités d’accompagnement des services enquêtés entre personnalisation et prestations standardisées. Dans ce contexte, considérant la place des personnes et de leur expertise dans la détermination des modalités et des finalités de leur accompagnement, nous montrons que la personnalisation de l’accompagnement se concrétise par la forme usuelle du « projet personnalisé d’accompagnement » et la formulation « d’objectifs ». La parole des personnes accompagnées, plus précisément dans le cadre des souhaits qu’elles formulent pour leur accompagnement, persistent à faire l’objet d’une « reformulation des demandes » (Heijboer, Moisan, Petiau, 2021). Les professionnel.le.s exercent par celle-ci un discret pouvoir sur la détermination des projets personnalisés, qui contribue à faire persister une forme d’« injustice épistémique » (Fricker, 2007) faite à l’expertise usagère. Enfin, notre recherche montre comment la mise en œuvre de moyens pour soutenir la réalisation des objectifs du projet personnalisé se réalise à travers plusieurs « étapes », qui visent à sécuriser les parcours, mais peuvent aussi sonner comme des « mises à l’épreuve » pour les usagers, conditionnant l’accompagnement vers les buts qui leur importent.<br />Ainsi, nous aborderons dans cette communication les enjeux de conciliation entre les espaces de construction du jugement professionnel dont ont besoin les professionnel.le.s, et l’association des personnes au jugement sur les situations qui les concernent, qui va de pair avec l’objectif de co-construction de l’intervention sociale. Le jugement professionnel, finalement, peut-il être partagé pour favoriser l’autodétermination des personnes accompagnées ?<br />Equipe de recherche : Carmen Delavaloire, Claire Heijboer, Catherine Lenzi, Marine Maurin, Hervé Moisan, Anne Petiau<br />
Mots clés :
Intervention sociale et travail social, Professionnalisation, Savoirs, Expertise usagère, jugement professionnel
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