Un accompagnement vers l’autonomie ? Deligny, une expérience radicale
Année : 2022
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
TSCHOPP Françoise (Suisse) – frtschopp@bluewin.ch
LIBOIS Joëlle (Suisse) – joelle.libois@hesge.ch
Résumé :
Axe 2 : Interroger les logiques d’action et de reconnaissance de l’expérience des usagères et usagers, au croisement de l’intervention, de la recherche et de la formation
Cette communication s’appuie sur une large expérience professionnelle en travail social, d’enseignement en formation initiale et continue et d’auteures des deux communicantes.
A travers ces divers engagements, nous nous sommes fréquemment inspirées des travaux de Fernand Deligny, en ce qu’il nous interroge sur nos rapports aux institutions, aux normes, aux personnes que nous accompagnons.
Ses écrits, emprunts de poésie et de signes à déchiffrer, nous interpellent et nous guident sur des chemins de traverse, qui permettent de prendre du recul, et d’oser se réinterroger sur ce qui fait loi aujourd’hui.
Deligny engage la rencontre à sa manière, non pas pour éduquer, non pas pour guérir, mais pour être là, avec des jeunes délinquants, des "vagabonds efficaces", puis des jeunes autistes, avec qui il partage des moments de vie, tout en privilégiant des processus de reconnaissance de l’altérité.
Ses expériences à l’issue de la deuxième guerre mondiale, illustrent combien il est nécessaire et possible de sortir des sentiers battus, dans une recherche permanente de l’autonomie de l’esprit, de la pensée, de ses déplacements, hors des murs institutionnels. En réalité, de cadre il est question porté par d’autres contenants.
Des pratiques, des mots, des écrits, des lignes d’erres, des cartographies, du cinéma, pour rien, nous dirait-il. Et pourtant, de cela, des enfants placés sortiront de leurs enfermements, des jeunes inadaptés retrouveront les chemins de leur liberté. Faut-il y voir les prémisses de l’autonomisation, voire de l’empowerment, ou était-ce autre chose ?
Deligny, dans ses montagnes des Cévénnes se joue de la dialectique, sans peur. Il entre dans la complexité du monde, de l’univers, de la diversité et de l’unité. Avec ses équipes, dans une nature aride, il cherche ce qui fait sens, ce qui peut faire tenir, ce qui fait humanité. Tel que le dira Edgar Morin : « Etre sujet, c’est être autonome, tout en étant dépendants. C’est être quelqu’un de provisoire, de clignotant, d’incertain, c’est presque tout pour soi et, presque rien pour l’univers » (Morin, 2005 -89).
Au sein de notre communication, nous expliciterons quelques concepts clés de l’expérience Deligny.
Non pas pour faire du Deligny, mais pour illustrer combien sa pensée libre, peut-être libertaire, nous permet de sortir des cadres institutionnels normatifs tout en gardant une rigueur, une réflexivité, constante, une écoute sensible de ce qui se passe, ce qui se joue, sans interpréter.
La présence proche auprès d’enfants qui silencent comme ils respirent, l’a-projet, l’imprévisibilité, les rituels, le coutumier, l’abstinence éducative, l’attention aux moindres gestes, autant d’éléments qui ouvrent à laisser faire, à ne pas vouloir changer autrui, tout en proposant un cadre normé, non pas par les règlements institutionnels, mais par les lois et la beauté de la nature, par les nécessités quotidiennes du vivre ensemble, par la liberté de se mouvoir, de partir et revenir. Contenir et laisser faire, en guise de clé vers une liberté d’être, soi-même au sein du collectif, au rythme de chacun. Il n’est plus question d’attendre des progrès ou de viser et mesurer des résultats mais de découvrir des processus d’apprentissages multiples, originaux, rythmés d’aller et retours, et de faire avec ce qui advient, ici et maintenant.
Si pour Deligny, « l’éducateur est un créateur de circonstances ou un fervent adepte du hasard (…) je lui conseille de garder un mode d’expression personnelle. Ne serait-ce que pour absorber cette petite mousse de délire qui bulle autour de toute action intense » » (2017-14), il « n’en reste pas moins que le travailleur social est témoin de première main de ce qu’il peut en être d’être humain, soit qu’il considère ceux qui sont au détriment de la société soit qu’il se demande à quoi il peut être utile » (2017-29).
Les institutions sont aujourd’hui interrogées dans leurs pratiques, dans leurs projets, nous ouvrirons le débat sur les passages possibles en regard des cadres institutionnels existants. En quoi l’expérience Deligny interroge la société dans ses attentes multiples face à la normalité, à l’inclusion, aux projets pour et par les personnes concernées visant à devenir un être autonome selon les normes de la société dans laquelle il .elle évolue.
Cette communication vise la déconstruction nos représentations, à ouvrir un espace de pensée inspiré d’une expérience certes radicale, porteuse d’enseignements.
Mots clés :
Action alternative, Ecologie sociale, Solidarité de proximité
← Retour à la liste des articles