Comment recréer du lien avec les femmes sans abri ?

Année : 2022

Thème : Co construction d'un ADJ avec les femmes directement concernées par le sans abrisme.

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

NABITZ laurence – laurence-nabitz@irts-pacacorse.com

Résumé :

Les Constats :
Près de 40% des personnes sans abri sont des femmes (INSEE, 2012) , ce chiffre allant croissant depuis plusieurs années. Les études pluridisciplinaires et les rapports des associations spécialisées mettent en évidence que les femmes en errance fréquentent très peu les accueils de jour alors qu’elles rencontrent des situations de vulnérabilité, d’insécurité et de stigmatisation spécifiques et bien plus importantes que les hommes en errance. Véritables « invisibles », les femmes sans abri recourent très peu à leurs droits et encore moins aux dispositifs de santé. A ce jour et à notre connaissance, dans la région PACA, un seul accueil de jour sur Marseille propose une demi-journée par semaine d’accueil spécifique pour les femmes. Les équipes des accueils de jour, de manière générale, s’accordent à dire que cette population reste inaccessible aux dispositifs d’action sociale.

Le Projet :
A l’initiative de l’IRTS PACA et Corse, un groupe de travail - composé de travailleurs sociaux (Habitat Alternatif Social et le SIAO), d’étudiantes en formation d’Assistant de Service Social, de formatrices et de femmes ayant connu l’errance ou la vivant actuellement - s’est réuni dans le cadre de l’Université d’été de l’Innovation Publique en juillet 2019. Organisé par la direction Innovation du CNFPT, cet évènement a permis, par des méthodes d’intelligence collective et de design de services, de co-concevoir et de prototyper, ensemble, en 48h, un ACCUEIL DE JOUR INNOVANT CO-GERÉ PAR ET POUR LES FEMMES.
S’appuyant sur l’expérience et la participation active des personnes concernées, ce projet, tant dans son organisation que dans son aménagement, a la particularité d’être au plus proche des besoins des femmes sans abri. Il s’appuie sur les savoirs des femmes « expertes d’expérience », qui, dans une visée de rétablissement, accueilleront et accompagneront les futures « usagères » du lieu.

Les effets du projet sur les travailleuses sociales et les formatrices en travail social :
Changement de posture : les travailleuses sociales sont aller voir les femmes et leur ont dit "nous avons besoin de vous pour réfléchir à "Comment recréer du lien avec les femmes sans abris". Du fait de ce changement de posture (passage d'une posture de demandeuse pour les femmes concernées à une posture d'experte d'une situation et posture d'experte à une posture de demandeuse pour les travailleuses sociales), les relations ont commencé sur un pied d'"égalité. La pratique du travail en intelligence collective a favorisé l'émergence de ce projet commun.
Ce changement de posture a permis aussi la découverte d'une nouvelle façon de travailler, plus proche des personnes concernées, un autre regard porté sur ces femmes, orienté sur les ressources et leur savoir d'expérience.
De la confiance aussi : nous parlons souvent d'instaurer une relation de confiance avec les personnes concernées, mais les travailleurs sociaux leur font-ils a priori confiance ?

Les effets sur les femmes concernées :
Le temps de travail en immersion a produit des effets puissants chez les femmes : passer de l'invisible au visible, c'est à dire que l'on n'a plus sur soi les regards négatifs des autres qui nous alourdissent encore plus que ce qu'on l'est déjà avec nos problèmes au quotidien. Maintenant, on voit les aspects positifs de nous mêmes. Reprendre confiance dans la vie et confiance en soi aussi. Une femme s'est dit "allez, lâche la rue, monte cet ADJ avec les étudiantes et toute l'équipe". "De parler des femmes qui vivent dans la rue, cela m'a donné une autre image de moi et de ma vie" dit Isabelle.

Les effets sur les étudiantes :
Très positifs, même si cela demande plus de temps et de travail, et que c'est moins confortable que de faire à la place de l'autre. En tout cas, à priori, parce que finalement, on se rend compte que cela fait gagner du temps à moyens termes, car cela rend les personnes plus autonomes, moins en demande de l'accompagnement d'un travailleur social. Et aussi, ça te remet à ta place, tu te rends compte que tu n'as pas tous les savoirs, cela t'oblige à travailler à avoir une posture plus humble.

Mots clés :

Participation, Genre, Intervention sociale et travail social, Intelligence collective

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