Réflexions sur le développement de l'empowerment des jeunes autistes et de leurs parents dans le cadre des groupes d'habiletés sociales en SESSAD autisme.
Année : 2022
Thème : Quand la prise en compte de la parole des jeunes accompagnés engendre la création de nouvelles pratiques.
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
PERDRIZET marie-cécile (France) – perdrizetmc@gmail.com
Résumé :
Je suis éducatrice spécialisée dans un Service d'Éducation Spéciale et de Soins A Domicile accompagnant des jeunes autistes et leurs parents depuis onze ans. Après une formation initiale, achevée en 2004, très marquée par la psychanalyse, mon embauche dans ce service me conduit à me former aux approches cognitivo-comportementales, recommandées par la Haute Autorité de Santé.
Ce type de pratiques qui place le jeune que l’on accompagne dans un cadre prédéfini, normatif, qui induit l’évaluation constante et l’utilisation de méthode telle que l’Applied Behaviour Analysis qui vise par le conditionnement la modification du comportement, me séduit tout autant qu’il me questionne. En effet, ces approches codifient l’accompagnement des personnes autistes, chaque problème a une solution, tout comportement problème semble pouvoir être résolu. Il me semble que ces techniques rendent l’Autre prévisible alors que le cadre législatif et réglementaire nous demandent de rendre l’usager acteur de son projet, et donc de laisser de la place à de l’imprévisibilité.
Cette injonction paradoxale engendre une approche particulière et un questionnement constant lors de l’utilisation de ces méthodes. Comment rendre les usagers acteurs dans un cadre d’accompagnement si codifié ? Ces méthodes, et les pratiques qu’elles induisent deviennent alors pour moi un élément de ma « caisse à outils » d’éducatrice spécialisée. Elles sont un moyen parmi d’autres, qui permet aux jeunes que j’accompagne de surmonter certaines difficultés scolaires ou comportementales. Je les adapte à la demande des parents et des lieux de vie des jeunes. Elles me permettent également grâce à leur fort apport théorique concernant les particularités cognitives liées à l’autisme de transmettre des connaissances, en particulier, sur l’adaptation des contenus, sur la communication, aux partenaires avec lesquels je collabore dans le cadre de mes missions au sein du SESSAD. Ces adaptations s’appuient sur les connaissances théoriques mais se font en fonction des jeunes suivis. En effet, « la focalisation sur les méthodes comportementales ne favorise pas le développement de nouvelles approches plus compréhensives et mieux adaptées au fonctionnement singulier de chaque personne diagnostiquée autiste » (Chamak, 2021).
C’est donc au départ mon expérience d’éducatrice qui vient nourrir l’ensemble des recherches que je mène depuis trois ans dans le cadre d’un M2 et d’un DEIS. Elles viennent questionner la prescription du travail et l’articulation qui en est faite sur le terrain par les travailleurs sociaux. Cette articulation est nourrie par la rencontre qui fait émerger des pratiques créatives adaptées aux jeunes et à leur contexte de vie.
Le travail de recherche que j’ai mené questionne les groupes d’entraînement aux habiletés sociales, et en quoi ces derniers sont et peuvent d’être d’avantage propices à la création de nouvelles formes d’accompagnement et à l’émergence d’empowerment aussi bien chez les jeunes que chez leurs parents. Le choix de ce domaine s’est fait suite aux réflexions d’adolescents qui, dans le cadre de ces groupes, me demandaient de les « rendre invisibles » afin de faciliter leur inclusion au collège.
Ce travail concernant la participation des jeunes accompagnés s’est traduit par l’écriture d’un projet photo se déroulant dans le cadre d’un des groupes d’habiletés sociales que j’anime. Le fil conducteur de ce projet est de « l’invisible au visible », il permet aux jeunes autistes de mettre en avant leurs compétences, de se valoriser, de renforcer leur estime. L’exposition durant 3 mois de leurs photographies dans la ville dans laquelle ils évoluent provoquera nous l’espérons un déclic dans la perception, dans l’accompagnement de ce trouble qui ne devrait pas se penser que sur un versant rééducatif permettant d’atteindre une norme inatteignable.
Mots clés :
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