Parole et expérience des usagères et usagers dans le travail social individuel : donner des balises à la posture du travailleur social dans l’enseignement en école sociale.

Année : 2022

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

TOUSSAINT Sylvie (Belgique) – s.toussaint@isfsc.be

Résumé :

La question de la participation du public dans les interventions sociales se pose communément et pertinemment dans le travail social de groupe et dans les actions communautaires. En effet, il y est sensé de savoir à partir de quel moment d’un projet les usagers participent et comment, de ce que l’on fait de la parole des participants dans les actions collectives ou communautaires, du rôle des intervenants, etc.
Par ailleurs, ces réflexions peuvent ou même doivent se poser concernant la relation professionnelle dans le travail social individuel. En effet, si la relation d’aide ou d’accompagnement affiche le plus souvent la volonté de tenir compte de la parole des personnes concernées, la pratique butte parfois sur la manière d’y arriver. Les obstacles sont pluriels : le manque de temps, l’urgence d’aider en apportant des solutions concrètes, la difficulté à trouver les mots, le peu de crédit que s’octroient les personnes accompagnées pour prendre place dans la rencontre, les pressions managériales que subissent les travailleurs sociaux sont autant d’éléments à examiner pour tenter de dessiner les balises nécessaires pour mettre en œuvre les principes de participation.
L’enjeu de la participation dans l’accompagnement individuel n’est pas seulement de type moral : on pourrait en effet penser que par respect de la personne concernée il faut être au plus près de ce qu’elle souhaite dire. Il y a un autre enjeu certainement important aux yeux de tous les acteurs qui est stratégique : celui d’éviter l’échec de l’intervention. En effet, l’expérience montre souvent qu’un accompagnement qui n’arrive pas à tenir compte de ce qui importe à la personne accompagnée sera peu suivie d’effets positifs. Face à un public confronté régulièrement à l’échec, ce n’est pas négligeable : les dégâts en termes d’estime de soi causés par l’échec sont exponentiels d’une expérience à l’autre. Et cette spirale concerne l’ensemble des acteurs puisque, même cyniquement, la réussite des interventions sociales est l’intérêt de tous, usagers comme intervenants ou politiques.
Une des pistes pour ouvrir le travail social individuel à la participation du public tient dans ce que l’on appelle communément la posture du travailleur social.
Un séminaire, introduit il y a maintenant une dizaine d’années à l’ISFSC : « L’approche centrée sur le développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités », qui s’appuie sur le propos de Yann Le bossé, constitue les ressources dont je souhaiterais vous parler en lien avec nos pratiques qu’elles soient celles d’intervenant social ou d’enseignant de la pratique en école sociale.
Il ne s’agit pas d’une méthode ou d’un outil de travail mais plus profondément de la conception du rôle d’accompagnant, et plus largement encore de la conception du travail social : quelle lecture les travailleurs sociaux font-ils des problématiques sociales portées par les usagers ?
Cette approche conjugue la co-construction de l’accompagnement et des solutions et met l’accent sur la vérification constante qu’usagers et professionnels se comprennent au-delà des implicites et que ce qu’ils élaborent comme piste de solution est viable dans le contexte précis et actuel de la personne concernée.
L’approche proposée par Le Bossé est à la croisée d’une lecture des causes des problématiques sociales individuelle et structurelle : autant il insiste sur l’importance de tenir compte de la singularité des trajets et leur contexte présent, autant il rappelle l’importance de mettre en lumière – dans les accompagnements individuels aussi – la dimension sociétale.
Les ateliers de pratique professionnelle dans la formation des assistants sociaux (5 étudiants par atelier) apportent à foison des exemples de difficultés de terrain à cet égard. Ils nous permettront d’abord d’illustrer les difficultés de terrain pour développer cette posture. Ils nous permettront aussi d’illustrer la manière dont cette posture peut inspirer les professeurs de pratique dans la manière d’accompagner les étudiants – toute comparaison ayant bien entendu ses limites.

Mots clés :


← Retour à la liste des articles