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Quelle place laisser à l’apprenant∙e dans son processus de formation en travail social ? Le cas de la formation pratique

Année : 2022

Thème : Analyse d'un dispositif axé sur les situations professionnalisantes.

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

ANDERFUHREN Marie (Suisse) – marie.anderfuhren@hesge.ch

Résumé :

L’accent sur la prise en compte de la parole des usager∙e∙s du travail social est de plus en plus prégnante. Du point de vue de la formation, cette préoccupation doit nous questionner sur la manière d’envisagent la prise en compte de la parole des apprenant∙e∙s par rapport à leur propre formation professionnelle. Une question se pose dans toute relation pédagogique visant à la formation professionnelle en travail social et plus particulièrement dans la préparation puis l’accomplissement des formations pratiques : faut-il proposer aux apprenant∙e∙s une modalité de travail qui se rapproche de ce que l’on peut espérer dans leur travail avec les usager∙e∙s du travail social ? Y a t-il lieu d’encourager une réflexion sur les savoirs expérientiels, manières d’apprendre, autonomie dans la construction des apprentissages ? faut-il les encourager à négocier les options qu’iels prennent, à construire une articulation de leurs besoins en formation avec les nécessités de la profession ? Bref faut-il compter sur une formation qui se centre sur un∙e étudiante en processus, et respecter scrupuleusement ces processus et les marges d’autonomie qu’ils requièrent ? ou faut-il plutôt travailler à partir de situations typiques de la profession définies par des professionnel∙le∙s aguerri∙e∙s, en charge des suivis de ces formations pratiques, afin de permettre aux apprenant∙es d’accéder à une maîtrise des situations ? N’y a-t-il pas risque de créer un habitus professionnel visant à maîtriser une situation plutôt qu’à cheminer avec un∙e bénéficiaire, en respectant ses rythmes, hésitations, peurs, etc. ses blocages, bref ses processus ?
Pédagogiquement il faut savoir, qui doit déterminer quelles sont les meilleures situations d’apprentissage ? quelle place l’expérience préalable de l’apprenant∙e doit prendre dans la décision concernant les apprentissages ? Que signifie maîtriser une situation dans laquelle se trouve un ou une bénéficiaire ? Qu’est-ce que maîtriser la situation d’autrui ?
Une réforme récente du programme a entraîné des modifications. Concernent la formation pratique, on voit émerger l’idée que les étudiant∙e∙s devraient travailler sur des « situations professionnalisantes ». Jusqu’ici la méthode pédagogique consistait pour l’étudiant∙e à fixer des objectifs d’apprentissage à travailler dans sa formation pratique. En principe, de manière approfondie ou plus superficielle, les objectifs se construisaient à partir de 3 éléments de base : 1) un bilan d’expériences professionnelles et personnelles construit en amont de l’immersion 2) des obligations spécifiques de travailler des axes prioritaires, que ce soit dans la 1ère ou 2ème formation pratique, et 3) des besoins d’apprentissage liés au terrain spécifique donné. L’étudiant∙e construisait une série de 3 ou 4 objectifs, qu’iel articulait ensuite aux compétences du référentiel, montrant ainsi comment avait été mené le travail visant à leur progressive acquisition.
Avec l’introduction des situations professionnalisantes, la formation pratique passe d’un accent sur l’apprenant∙e, stagiaire ou professionnel∙le en formation, à un accent sur les situations professionnelles elles-mêmes. Si la littérature à ce sujet n’est pas très abondante, on peut penser que le modèle renvoie à ce qui est nommé en anglais les « Entrustable Professional Activities » (Ten Cate, 2005, ou Ten Cate & Taylor, 2020). Situations professionnelles emblématiques et typiques et maîtrise sont alors au centre du dispositif. Nous voulons discuter cette modification, en cerner les intentions ; le recul sur cette transformation est encore trop ténu pour pouvoir en voir les effets, mais la nécessité d’y réfléchir se fait néanmoins sentir.

Mots clés :

Formation, Intervention sociale et travail social, Autonomie, processus; maîtrise ;

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