Points de vue d’intervenants sur l’implantation d’une approche participative auprès de familles en contexte de protection de la jeunesse

Année : 2022

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

DESLAURIERS Jean-Martin (Canada) – jean-martin.deslauriers@uOttawa.ca
PAYAN DAVID (Canada) – dpayan@samuelvincent.fr

Résumé :

Contexte
Au sein de la Communauté Coste de Nîmes, depuis une dizaine d’années, on a souhaité faire évoluer les façons de travailler avec les familles en contexte de protection de la jeunesse. Des formations à l’interne sur le travail avec les familles et les réseaux activés par les facteurs de risque et les détresses multiples furent offertes. La possibilité d’inviter les membres des familles pour aider à progresser étant un des aspects de ces nouvelles pratiques. Les premières présentations faites aux intervenants et chefs de service ont permis de valider l’intérêt pour une approche participative, notamment la conférence familiale. Différents concepts et des outils furent proposés pour décrire cette approche participative. Cette nouvelle façon de travailler a remis en question les représentations sur la place des familles au sein de ces institutions.

Un changement de perspective et de pratiques dans les relations intervenants - familles
En France comme au Canada, les cultures professionnelles, les procédures sont souvent fondées sur une relation asymétrique entre le professionnel et l’usager (que l’on ne peut évidemment plus appeler l’usager). D’un côté celui qui sait, de l’autre celui qui ne sait pas, qui offre le symptôme (éducatif, social, etc.) à l’expert. Les identités professionnelles des intervenants en contexte de protection de la jeunesse sont souvent construites sur un déséquilibre entre les experts et les membres des familles. On construit des projets individualisés entre professionnels après avoir observé la famille et ensuite cherché l’adhésion de ses membres. Adhérer signifie bien que celui qui adhère restera lié au projet qui lui est proposé, parfois imposé.

Un principe de base de cette approche est d’abandonner ce principe d’asymétrie et de s’aventurer sur celui du partage, de la participation. Partager les problèmes, négocier avec les membres des familles l’espace de travail, leur proposer de s’associer à la réflexion dès le début. Dans cette perspective, tout en reconnaissant la dimension judiciaire de ces situations, on ne peut rester dans une dynamique de dénonciation, dans le même registre de la décision judiciaire.

En effet, la tendance à une posture de soupçon, du reproche et de la sanction n’a, au mieux, que peu d’effets sur la mobilisation parentale et la restauration des liens de confiance au sein de la famille ainsi que l’atténuation des facteurs de risque. Souvent les intervenants sont confrontés à des refus, des rejets de la part des membres des familles, qui alimentent et confortent une tendance au soupçon, au reproche et à la sanction. Trop souvent cette dynamique consolide les convictions auto réalisatrices : les membres des familles ne se sentent pas concernés par le bien-être de leurs enfants, encore moins à agir sur ce qui ne va pas. Cette constatation vient renforcer des réactions chez les intervenants telles que la suppléance et la réparation des dommages subis par les enfants.

Paradoxalement, cultiver ainsi les distances entre des enfants victimes et des familles maltraitantes a pour conséquence d’entraver le développement, l’avenir des enfants. Ce qui ne signifie pas que la séparation soit toujours inappropriée mais bien que les séparations indispensables ne doivent pas nous empêcher de conduire un travail de restauration des liens. Une tendance à d’abord identifier les faiblesses et les abus peut devenir envahissante et peut rendre les ressources invisibles, le pas de côté que permet la « Clinique de Concertation » est une innovation qui relance le travail avec les familles sur de nouvelles pistes. Notamment, un travail sur les conditions de la confiance.

Comment veiller à augmenter les liens de confiance dans un contexte de soupçons, de dénonciation et de reproches ? Passer d’un regard axé sur les déficits et les faiblesses, l’évaluation des facteurs de risque, vers une approche qui tient compte des ressources entre intervenants et familles ? Il s’agit de questions très peu abordées dans les écrits scientifiques car il s’agit de pratiques peu développées, donc encore peu documentées.

Un chercheur extérieur s’est vu confier le mandat de faire état des lieux en matière d’intégration de pratiques participatives chez les intervenants.

Cet atelier présentera les résultats de cette recherche sur les perceptions des intervenants sur :
-leur passage d’une approche davantage basée sur l’autorité des institutions vers des rapports davantage égalitaire;
-leurs outils de travail;
-les avantages et les limites de l’approche;
-les facteurs qui favorisent ou nuisent à l’implantation d’un tel modèle;
-les relations qu’ils-elles entretiennent avec les parents dans leur travail d’intervention en protection de la jeunesse.

Mots clés :

Protection de la santé, Intervention sociale et travail social

← Retour à la liste des articles