: Intervenir en situation de crise sociale en contexte d’un continuum d’événements stressants : quelles leçons à tirer pour les intervenants sociaux ?

Année : 2023

Thème : Intervenir en situation de crise en contexte d'un continuum d'événements stressant

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

MALTAIS Danielle (Canada) – danielle_maltais@uqac.ca – Chercheur

Résumé :

Les crises structurelles et sociales provoquées par les catastrophes naturelles ne correspondent pas seulement à l'arrivée d’évènements déplorables qui ne durent que quelques jours, mais constituent un long parcours, parsemé de multiples difficultés, dans lequel s’engagent les personnes qui en sont victimes. Dans cette perspective, nous considérons que les crises macrosociales provoquées par des catastrophes naturelles (ex. inondations) ou technologiques (ex. accident ferroviaire) constituent une suite d’évènements stressants, voire traumatisants, qui viennent perturber la quiétude des individus et qui contribuent à exacerber leurs problèmes de santé tout comme les difficultés qu’ils peuvent vivre dans leur vie personnelle, conjugale, familiale, sociale et professionnelle (Carroll et al., 2010; Dixon et al., 2015; Maltais et Gilbert, 2022). Considérer les catastrophes comme une série ou un cumul de circonstances perturbatrices ou déstabilisantes est essentiel aux fins de notre propos. Nous démontrons à partir d’une étude de cas (inondations de 2019 au Québec où plus de 400 municipalités ont été impactées) comment ce type de crises s'inscrit dans une continuité de stress, de difficultés et de conséquences dans divers aspects de la vie des individus. En particulier, nous exposons comment avant, pendant et après la crue des eaux, les personnes victimes d’inondations doivent faire face à différentes situations ou événements qui augmentent leur niveau de stress et qui contribuent à l’apparition ou à l’exacerbation de problèmes de santé mentale qui nuisent à leur rétablissement. Il est important de documenter ces différents stresseurs afin que les travailleurs sociaux puissent mieux intervenir auprès des sinistrés considérant que les inondations demeurent le type de catastrophe naturelle le plus fréquent mondialement. Les stresseurs et leurs effets peuvent s’accumuler et s'amplifier de façon croissante pour, à long terme, devenir une « surcharge ».
Cette communication présentera les faits saillants d’une étude mixte réalisée à la suite des inondations de 2019 au Québec qui visait à identifier les différents stresseurs que vivent les individus sinistrés ainsi que les impacts de ces stresseurs sur leur santé mentale. Dans le cadre de cette étude, les stresseurs sont définis comme « des conditions de menace, de défi, de demande ou de contrainte structurelle qui, par le fait même de leur occurrence ou existence, remettent en question le bien-être et la capacité opérationnelle des individus » (Wheaton et Montazer, 2010). Nous constatons que les inondations ne sont pas des faits isolés, mais des circonstances qui s'insèrent dans un continuum d'évènements qui sont, pour leur part, liées à différentes pressions de l'environnement. Lors des inondations de 2019, ces stresseurs ont pris différentes formes, allant des tracas quotidiens à des évènements plus perturbateurs comme la crainte d’être victime de pillage, l’obligation de se relocaliser temporairement, le fait de s’endetter, de longs délais de réponse de la part des assureurs et du gouvernement, tout comme la perte de sa demeure et de ses repères. À ce sujet, six principaux stresseurs secondaires ont été rapportés lors des entrevues semi-dirigées : 1) la relocalisation temporaire, 2) le processus d’indemnisation, 3) les pertes matérielles subies, 4) la présence de préoccupations d’ordre financier, 5) les travaux à réaliser et 6) la pandémie de COVID-19. En ce qui a trait au volet quantitatif de cette étude, les données recueillis démontrent que le nombre de stresseurs secondaires vécus ainsi que certains types de ces stresseurs (ex. insatisfaction face aux démarches d’indemnisation, dommages matériels/perte de sa demeure/perte de la valeur de sa maison, nettoyage/réparation de sa demeure) ont accentué la présence de l’un ou l’autre des problèmes de santé mentale suivants : détresse psychologique, anxiété, état de stress post-traumatique et présence de manifestations dépressives.

Mots clés :

Santé mentale, Crise sociale, Catastrophe naturelle, stresseurs secondaires

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