Les relations sociales des jeunes à l’épreuve des politiques d’activation ? Analyse croisée de parcours atypiques de jeunes adultes sur trois terrains de recherche au Québec

Année : 2023

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

BINET jonathan (CANADA) – jonathan_binet@uqac.ca – Chercheur
MOLGAT MARC (Canada) – marc.molgat@uottawa.ca
LAMBERT sara (Canada) – slamb034@uottawa.ca

Résumé :

Depuis près de quarante ans, les politiques et institutions québécoises qui ont trait à la jeunesse connaissent d’importantes reconfigurations en réponse à des périodes de crise multiples et durables. Apparue d’abord dans le champ de l’employabilité, la dynamique d’activation des protections sociales connaît dans ces circonstances une extension dans différentes politiques et institutions où elle participe à reconfigurer le travail social ainsi qu’à « activer » plusieurs publics cibles de l’intervention sociale (Angers, 2011; Barbier, 2009; Namian et Binet, 2016). Cette communication vise à analyser les relations sociales de jeunes adultes ayant des parcours de vie atypiques pour interroger l’activation des politiques qui leur sont destinées. Elle poursuit trois sous-objectifs : 1) dégager la tendance à l’activation dans trois politiques québécoises qui s’adressent aux jeunes adultes ; 2) décrire les relations sociales des jeunes adultes ayant des parcours atypiques ; et 3) réfléchir aux sens et aux implications de l’activation de ces politiques pour les jeunes adultes.

Nous examinerons dans un premier temps trois politiques québécoises qui, bien qu’elles s’adressent à des publics différents, ont en commun de reconduire des injonctions à l’activation dans l’intervention et dans la vie des jeunes adultes pour les amener à adopter des modes de vie « autonomes ». La Politique québécoise jeunesse 2030 poursuit l’objectif d’« accélérer » les « transitions » auxquelles ils sont « soumis » dans leur passage à la vie adulte en vue de faciliter leur « autonomie » et leur contribution à la société québécoise (Gouvernement du Québec, 2016). Le programme Service spécialisé jeune vise à permettre à de jeunes adultes de développer une « autonomie », en poursuivant des « objectifs » et des « projets professionnels » susceptibles de les mener vers l’emploi ou les études (EQ, 2016). Le Plan d’action interministériel en itinérance 2021-2026 a comme but de prévenir les trajectoires vers l’itinérance et de soutenir les jeunes adultes en situation de vulnérabilité dans leur passage vers la « vie autonome » (Gouvernement du Québec, 2021). Il s’agira donc d’analyser l’activation vers l’autonomie dans ces politiques québécoises, pour mieux cerner ses sens et implications pour les jeunes adultes.

Dans un deuxième temps, nous décrirons les relations sociales de jeunes adultes ayant des parcours atypiques en prenant appui sur des résultats provenant de trois terrains de recherche situés en Outaouais, au Québec. Les résultats du premier terrain proviennent d’entretiens réalisés auprès de 12 jeunes adultes inscrits en formation professionnelle au secondaire et avaient comme objectif de mieux comprendre leurs trajectoires jusqu’à et pendant leur programme d’études. Les résultats du deuxième terrain découlent de 10 entretiens semi-dirigés réalisés auprès de jeunes adultes inscrits au Service spécialisé jeune et avaient comme objectif de mieux comprendre les trajectoires qui les ont amenés à ce programme. Les résultats du troisième terrain proviennent d’entretiens individuels, de groupes et de courts films, réalisés avec 6 jeunes adultes fréquentant un organisme communautaire, pour mieux comprendre leurs trajectoires et leur passage à la vie adulte.

Dans un troisième temps, nous démontrerons comment ces résultats révèlent des trajectoires non linéaires, marquées par des événements, des bifurcations de parcours et des projets de vie divers qui échappent souvent à une logique visant l’accélération des transitions ou la construction de projets de vie. De manière cruciale, l’analyse des relations de ces jeunes montre que leur « autonomie » ne se construit pas de manière mécanique et linéaire en fonction de relations sociales de soutien. Leurs relations sont plutôt marquées par les pertes, les ambivalences, la survie, les contradictions et les ambiguïtés, illustrant ainsi le caractère illusoire des injonctions à l’autonomie des politiques sociales québécoises.

Mots clés :


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