Violence conjugale dans le contexte de la pandémie de Covid-19 : comprendre les conduites contrôlantes et coercitives pour assurer la sécurité des victimes

Année : 2023

Thème : Violence conjugale dans le contexte de la pandémie de Covid-19 : comprendre les conduites contrôlantes et coercitives pour assurer la sécurité des victimes

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

LAPIERRE simon (CANADA) – simon.lapierre@uottawa.ca – Chercheur
BRUNET mélanie (CANADA) – mbrun021@uottawa.ca
FRENETTE michele (CANADA) – mfren040@uottawa.ca
VINCENT alexandra (CANADA) – avinc012@uottawa.ca
MARCEAU valérie (CANADA) – vmarc034@uottawa.ca
Côté Isabelle (Canada) – isabelle_cote@uqar.ca

Résumé :

La pandémie de Covid-19 a mis en évidence le contexte de grande vulnérabilité dans lequel vivent les femmes et les enfants victimes de violence conjugale (ONU Femmes, 2020; Peterman et al., 2020; Statistique Canada, 2020). Au Québec, l’augmentation spectaculaire des taux d’homicides en contexte de violence conjugale et de violence post-séparation a d’ailleurs sensibilisé la classe politique et la population générale aux conséquences potentiellement fatales de cette problématique (Girard et Bellange, 2020; Ouellette-Vézina, 2021; Richer, 2021). Dans ces circonstances, les instances gouvernementales et les ressources d’aide et d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence ont déployé des efforts considérables pour rejoindre les femmes et pour assurer leur sécurité et celle de leurs enfants (Hébergement femmes Canada, 2020; Lapierre et al., 2022; Richer, 2021; RMFVVC, 2020). Des défis importants ont néanmoins été rencontrés lors du déploiement des différentes mesures de protection.

Dans cette présentation, nous rapporterons les résultats d’une étude sur la violence conjugale et la pandémie de Covid-19. Cette étude, financée par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, a été réalisée en partenariat avec AGIR Outaouais et avec les maisons d’hébergement des régions de l’Outaouais et de Chaudière-Appalaches. Des données ont été recueillies par l’entremise de questionnaires administrés auprès de 9 ressources d’aide et d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence, et d’entrevues individuelles réalisées auprès de 14 femmes victimes de violence conjugale. Les données ont été analysées à partir des principes de l’analyse de contenu thématique.

Dans l’ensemble, les résultats de cette étude soulignent l’importance de bien comprendre la problématique de la violence conjugale et comment elle se manifeste lors d’une crise comme celle de la pandémie de Covid-19. À cet égard, le cadre des conduites contrôlantes et coercitives permet de s’éloigner d’une vision traditionnelle de la violence conjugale, qui se fonde essentiellement sur les incidents et sur les actes d’agressions, pour considérer l’ensemble des stratégies violentes et non-violentes qui privent les victimes de leur liberté (Côté et Lapierre, 2021; Stark, 2007).

Les résultats de l’étude révèlent que la violence conjugale se manifeste à travers un ensemble de conduites contrôlantes et coercitives, qui incluent des manifestations de violence et de contrôle, ainsi que des stratégies de surveillance, de micro-réglementation et de privation de droits et de ressources. La pandémie a amené les auteurs de violence a adapter certaines de leurs stratégies, dans un contexte où les mesures socio-sanitaires imposées par les gouvernements ont facilité le déploiement de certaines d’entre elles. L’absence de répit et les difficultés d’accès aux services ont aussi complexifié l’expérience des femmes et des enfants vivant dans un contexte de violence conjugale.

Les résultats de cette étude révèlent également que, malgré ces difficultés, les femmes ont adopté diverses stratégies pour assurer leur sécurité et celle de leurs enfants. Elles ont aussi dû adapter leurs stratégies en fonction de l’évolution de la pandémie et des mesures socio-sanitaires.

Dans l’ensemble, les résultats de cette étude ont des implications pour les politiques publiques et pour les pratiques auprès des victimes de violence conjugale. Ils montrent d’abord que les mesures visant à assurer la sécurité des victimes de violence conjugale doivent s’appuyer sur une bonne compréhension de la problématique, qui considère l’ensemble des conduites contrôlantes et coercitives qui privent les victimes de leur liberté. Les résultats de cette étude soulignent également l’importance de considérer, lors de l’adoption de nouvelles politiques publiques ou de nouvelles mesures, comment les populations plus vulnérables pourraient être affectées par ces changements. Cela est particulièrement important dans un contexte d’urgence et de crise comme celui de la pandémie de Covid-19. Finalement, les organismes qui interviennent directement auprès de ces populations doivent être partie prenante dans l’élaboration de ces politiques et dans le déploiement de ces mesures.

Mots clés :

Bonne pratique, Catastrophe humaine, Femmes

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