Co-construction de l’intervention et expertises multiples
Année : 2023
Thème : Le triptyque "personne concernée, proche-aidant.e.s, professionnel.le.s" dans l'intervention sociale à domicile auprès de personnes handicapées psychique
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
HEIJBOER claire (France) – c.heijboer@epss.fr – Chercheur
PETIAU Anne (France) – anne.petiau@buc-ressources.org
LENZI Catherine (France) – lenzi.catherine@ireis.org
Résumé :
Nous présentons une partie des résultats et produits de formation de la recherche « Le Triptyque « personne concernée – proche-aidant.e – professionnel.le » dans l’intervention dans le milieu de vie des personnes handicapées psychiques. Co-construction de l’intervention et expertises multiples ».
La situation d'accompagnement social dans le milieu de vie des personnes en situation de handicap psychique s'appuie sur un triptyque configurationnel réunissant trois catégories d'acteurs : les personnes concernées, les proches aidants et les professionnels. Ce triptyque est emblématique des logiques d'action et d'engagement émergentes depuis une dizaine d'années dans l'action sociale et médico-sociale, plus particulièrement les personnes en situation de handicap, dans le cadre du virage vers l’inclusion sociale. Nous explorons dans quelle mesure cette configuration d’acteurs concourt aux objectifs d’autonomie de vie des personnes en situation de handicap psychique, d’inclusion dans la société, de liberté de faire ses propres choix.
Le terrain d’enquête de la recherche « Triptyque » regroupe quatre services d’accompagnement à domicile, en milieu de vie des personnes (SAVS, SAMSAH) en Île-de-France et en Rhône-Alpes, emblématiques des objectifs d’inclusion sociale en France. La recherche est menée par une équipe mixte composée de chercheurs, de personnes concernées par le handicap et de professionnels et repose sur un dispositif méthodologique participatif et interventionnel combinant des entretiens semi-directifs, des observations directes, des entretiens collectifs et des groupes d’analyse réunissant les trois catégories d’acteurs, afin de permettre l’échange, la confrontation des points de vue, mais aussi la recherche de solutions concrètes aux problèmes identifiés. La recherche débouche sur la production de supports vidéo de formation et d’auto-formation, souhaitant soutenir la réflexivité des différents acteurs et identifier des pistes pratiques pour l’action face aux défis de la co-construction de l’intervention sociale en santé mentale et aux épreuves qu’elles engendrent pour chacun des acteurs.
Comment évoluent l’équilibre des places et les rapports de pouvoir entre les professionnels, les proches et les personnes accompagnées dans ces services, qui cherchent précisément modifier ceux-ci pour aller vers plus de symétrie ? A l’issue de notre recherche, nous relevons que la place des proches-aidants dans le mouvement d’inclusion et de désinstitutionalisation de l’intervention sociale reste largement impensée. Acteurs – et surtout actrices – indispensables du maintien des personnes concernées par les troubles psychiques dans leur milieu de vie, les proches sont pour autant majoritairement tenus à l’écart des décisions qui concernent l’accompagnement. La finalité de maintien dans le milieu de vie implique mécaniquement la présence des proches comme des acteurs cruciaux. Même lorsqu’ils ne sont pas cohabitants, les proches – les familles, les voisins, les amis – jouent un rôle décisif de présence, de soutien, de coordination des différents professionnels qui interviennent auprès de la personne concernée par les troubles psychiques. Mais, même si les proches-aidants sont aujourd’hui reconnus en tant que tels, si une politique de soutien à leur égard existe, ils sont encore « enrôlés » par les politiques publiques sans toujours jouir d’une liberté de choix et de supports suffisants (Giraud, Outin et Rist, 2019 ; Petiau et Rist, 2019).
Nous relevons également une tension entre participation des personnes à leur accompagnement et persistance d’injustices épistémiques (Fricker, 2007) entendues comme processus de mise en doute de la parole, des savoirs et des expertises des personnes concernées par le handicap psychique. La personne concernée est parfois déniée dans sa capacité de sujet sachant. Notre recherche montre ainsi que les places et positionnements des personnes concernées sont encore majoritairement déterminés par les professionnels et les services au sein desquels ils exercent, ce qui se traduit par une primauté de la construction de l’accès aux droits de la personne. Au-delà de l’adhésion aux valeurs d’égalité et de participation, d’une véritable réflexion professionnelle et de pratiques soutenantes pour les personnes accompagnées, notre recherche permet le constat d’une tension entre travail sur autrui et travail avec autrui. Le « travail avec autrui » impliquant une « expertise avec autrui » plutôt qu’une « expertise sur autrui » (Lima, 2013) : c’est-à-dire le partage de la délibération et du jugement sur les faits, à distance d’une évaluation qui s’impose aux personnes accompagnées et aux proches, s’appuie sur une hybridation des expertises que nous questionnons dans sa capacité à réduire les injustices épistémiques vécues par les personnes concernées.
Nous débattrons enfin les enjeux de la transformation des résultats de recherche en formation à l’évolution de l’équilibre des places et des pouvoirs entre les acteurs de l’accompagnement social.
Mots clés :
Intervention sociale et travail social, Expertise sociale, Expertises multiples
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