Vers un « travail social liquide »
Année : 2023
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
CREUX Gérard (France) – gerard.creux@irts-fc.fr – Enseignant ou formateur
Résumé :
Axe 2 – Les pratiques émergentes en situations contraintes : quel dialogue entre l’éthique et la morale ?
Si les « crises » semblent se succéder de plus en plus rapidement, il paraît nécessaire de les interroger non pas comme des « crises », mais davantage comme un phénomène normal au sens durkheimien du terme, car régulières et globales, voire un aboutissement de la société moderne, entendue ici comme le produit des modes de rationalité spécifique. Le point commun de ces crises est une fin envisagée des structures sociales qui participent à maintenir l’individu « debout » », pour le plonger dans un « monde liquide ».
Notre proposition de communication envisage ainsi de revisiter le travail social et les pratiques professionnelles des travailleurs sociaux à partir du concept de « monde liquide » du sociologue Zygmunt Baumam. En effet, ce dernier considère que nos sociétés contemporaines sont devenues « liquides » et les conditions dans lesquelles ces membres agissent changent en moins de temps qu’il n’en faut aux modes d’action pour se figer en habitudes et en routines. Ainsi, des atouts peuvent devenir des handicaps et les aptitudes devenir des infirmités. Dans cette perspective, les types d’actions peuvent rapidement devenir obsolètes avant mêmes que les acteurs aient eu une chance de les apprendre correctement. Et le sociologue de souligner qu’il n’est donc pas conseillé de se fonder sur l’expérience passée car elle ne peut prendre en compte les changements de circonstances rapides. Ce type de société créé de nouveaux problèmes sociaux et surtout de nouveaux exclus dont les conditions de réinsertion deviennent relativement difficiles pour ne pas dire impossibles.
Aussi, la question qui est posée est de savoir comment l’intervention sociale est en mesure de répondre à cette métamorphose sociétale et à ses conséquences.
Si de nombreuses études ont déjà relevé les mutations du travail social (Chopart, 2000), il n’en reste pas moins qu’il est nécessaire de les réactualiser et ce au regard de ce que sont aujourd’hui les travailleurs sociaux (notamment au travers de leur parcours) et au sens qu’ils donnent à leur pratique.
En effet, l’analyse historique du travail social nous montre que les travailleurs sociaux renvoient l’image du militantisme et leur engagement professionnel repose sur une « vocation laïque » pour reprendre les termes d’Alain Vilbrod. Et si leur action repose sur une « éthique », celle-ci ne semble plus en adéquation avec les nouvelles règles du jeu du champ (notamment avec l’avènement de l’idéologie managérial). D’autre part, il paraît aujourd’hui difficile d’apporter des solutions locales à des problèmes sociaux d’origines globales tel que le chômage par exemple dont les sources sont surtout à chercher dans une économie mondialisée. Et les réponses que peuvent apporter les travailleurs sociaux à la production de « déchets humains » pour reprendre les termes de Zygmunt Bauman ne peuvent plus être considérées comme provisoires mais davantage pour une durée indéterminée.
Ainsi, l’hypothèse que nous proposons de développer est que les travailleurs sociaux n’échappent pas, dans ce qu’ils sont, à ce « monde liquide ». Ainsi, notre travail nous a permis de dégager deux profils de travailleurs sociaux : d’une part ceux qui basent leur pratique à partir de repères historiques « hermétiques » au changement et ceux qui au contraire épousent davantage les nouvelles finalités du travail social pour mieux les exploiter.
L’objectif de cette communication est de démontrer que le travail social n’échappe pas dans son organisation aux nouvelles donnes des sociétés modernes et qu’elles ont des conséquences sur les repères traditionnels des travailleurs sociaux mais aussi dans leurs pratiques professionnelles. Au regard du champ de la formation, il paraît nécessaire d’apporter des outils de compréhension aux futurs travailleurs sociaux afin que leur action soit en adéquation avec ces mutations.
Mots clés :
Rationalité instrumentale, Complexité, Intervention sociale et travail social
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