De quoi la radicalisation est-elle le nom ?
Année : 2023
Thème : Des stratégies de civilité en situations contraintes
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
PUAUD david (FRANCE) – puauddavid@yahoo.fr – Chercheur
Résumé :
Dans un laps de temps d’environ huit années, des moments de crises emblématiques tels les actes terroristes de janvier et novembre 2015, mais également les deux confinements liés à la pandémie de Covid-19 en France de 2020, ont remanié drastiquement les représentations sociales quant aux liens entre les questions de la sécurité́ et celles relatives à la prise en charge par exemple de Personnes Placées sous-main de justice pour des faits de radicalisation.
Dans cette communication, je souhaite faire part des résultats de mes enquêtes auprès d’acteurs du champ médico-social engagé sur le terrain dans la délicate tâche du désancrage du processus violent de sujets étiquetés comme « radicalisés ». C’est à partir de trois terrains menés entre 2014 et 2022 en maison d’arrêt, auprès de cellules d’écoute et d’accueil des familles et en tant que collaborateur associé au sein du dispositif Recherche et Intervention sur les Violences extrémistes que j’interrogerais la question du dialogue entre l’éthique et la morale des acteurs sociaux engagés dans ces entreprises de désancrage.
Je fais l’hypothèse que la question du désengagement d’un passage à l’acte violent se joue par « touches » à travers l’hybridation subtile d’outils de travail pluridisciplinaires multivariés et multisitués. C’est notamment à partir de la compréhension des temporalités biographiques des sujets se projetant dans la possibilité de commettre un acte violent que peut être envisagée la mise en place de stratégies de civilité consistant à penser une politique, non pas qui écarte toute violence, mais qui empêche le franchissement du seuil de l'extrême violence (Balibar, 2010 : pp. 143-191).
C’est ainsi qu’en fonction des situations, divers outils furent utilisés par les professionnels notamment au sein du centre RIVE, relatifs à l’utilisation du génogramme, questionnaires, thérapie comportementale, justice restaurative, ethnopsychiatrie. Par exemple dans une situation, la réalisation d’un arbre généalogique permit d’apercevoir la prééminence de conflits identitaires et culturels fondateurs quant à la compréhension de la situation d’un jeune homme. En effet ce dernier originaire de Centrafrique, membre du groupe des Soninkés, après son arrivée en France sa mère n’avait de cesse de lui rapporter qu’il était chargé d’un « mandat inconscient. » À l’adolescence, elle lui rappela son origine noble soninké́, et la façon dont il l’avait perdue en route. Elle souhaitait l’emmener en Afrique durant un mois. Confrontés à cette « double absence », ses problèmes culturels, identitaires et psychologiques furent les facteurs principaux qui le firent basculer vers l’idéologie djihadiste.
Comme le soulignait Georges Balandier, l’ordre et le désordre sont comme l’avers et le revers d’une monnaie : indissociables. Pour l’auteur il n’est pas seulement nécessaire de le subir ou de tenter de le gouverner à moindre coût. Il faut aussi ouvrir les espaces où il sera symboliquement piégé, puis domestiqué, ceci peut avoir lieu au sein du domaine du rituel qui permet d’opposer le sacré, l’ordre et le pouvoir à la transgression, le désordre et la sauvagerie.
Mots clés :
Éthique et déontologie, Question sociale, Secteur social, Radicalisation
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