La collaboration intersectorielle entre le réseau public et les organismes communautaires : un incontournable face à la crise de l’itinérance
Année : 2023
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
FONTAINE Annie (Canada) – annie.fontaine@svs.ulaval.ca – Chercheur
COUVRETTE romane (CANADA) – romane.couvrette.1@ulaval.ca
DEMUYNCK chloé (FRANCE) – chloe.demuynck.1@ulaval.ca
PIVERT laïsa (CANADA) – laisapivert@hotmail.fr
Résumé :
Le phénomène de l’itinérance (sans-abrisme) connait une hausse fulgurante depuis quelques années et plus particulièrement depuis la pandémie. Reconnu comme un enjeu d’instabilité résidentielle mais aussi de désaffiliation sociale, l’itinérance constitue un cas de figure symptomatique de la crise des liens sociaux au sein des sociétés contemporaines (Paugam, 2014). En effet, à la croisée de multiples facteurs structurels, institutionnels, relationnels et personnels fragilisant le parcours de vie des individus, l’itinérance s’inscrit dans un processus de ruptures qui pousse les personnes en marge des sphères de liens sociaux (famille, éducation, travail, logement, services sociaux, services de santé, justice, etc.) et les prive d’une réponse à leurs besoins fondamentaux (Bellot et Rivard, 2017; Gouvernement du Québec, 2014). Procédant comme un engrenage de ruptures qui creuse graduellement ou abruptement le fossé entre les personnes et les ressources de la société, l’itinérance, qu’elle soit visible ou cachée, implique des difficultés variées (précarité matérielle et résidentielle, troubles de santé mentale, dépendance, victimisation, stigmatisation, judiciarisation, etc.) dont l’accumulation et la combinaison accentuent les obstacles qui parsèment leur parcours de vie (MacDonald et al, 2020).
En plus de constituer un drame dans la vie des personnes concernées, l’itinérance jette un éclairage cru sur l’inadéquation des réponses sociales à cette crise. En effet, l’ampleur et la complexité des besoins des personnes en situation d’itinérance démontre le caractère contreproductif et les limites de la logique institutionnelle disjonctive d’organisation des services en silos (Grimard, 2018; Quirion et Di Gennero 2000). Devant ce constat, les acteurs de terrain et les décideurs reconnaissent de plus en plus l’exigence d’accroitre la complémentarité entre les expertises des différentes ressources existantes afin de mettre en œuvre des services adaptés, personnalisés et modulables en fonction de la singularité des situations.
Ainsi «forcée » par le contexte de crise sociale que met en lumière la montée de l’itinérance, la collaboration intersectorielle entre le réseau public et les organismes communautaires est devenue un incontournable. Or, malgré les vertus et la plus-value d’une telle collaboration, le rapprochement entre ces deux univers ne se fait pas sans heurts. En effet, en plus d’exiger une négociation entre des cultures organisationnelles et professionnelles fort différentes, voire divergentes à certains égards, l’asymétrie des ressources entre le réseau public et les organismes communautaires, le contexte de pénurie, de roulement et d’épuisement du personnel ainsi que l’ampleur des besoins mettent à l’épreuve la volonté de collaboration des protagonistes impliqués (Farinas, 2016; Roy et Coulombe, 2021; Roy et Grimard, 2015).
Cette communication propose de présenter la démarche et les résultats préliminaires d’une recherche-action menée au sein de la ville de Québec afin de mieux comprendre les pratiques de collaboration entre les établissements du réseau public de la santé et des services sociaux et les organismes communautaires impliqués dans l’intervention de proximité déployée pour répondre aux besoins des personnes en situation de désaffiliation sociale (Fontaine, Lapointe et Vallée-Dore, 2019). Cette présentation fera ressortir comment le contexte de crise (économie, logement, liens sociaux, surdoses, organisation des services, etc.) force l’émergence de pratiques collaboratives entre les acteurs tout en décrivant les stratégies développées par ceux-ci pour relever les défis que soulève ce « travail-ensemble interinstitutionnel » (Lyet, 2008), lui-même parfois source de tensions intersectorielles, inter-organisationnelles, interprofessionnelles et interpersonnelles.
Mots clés :
Démarche intersectorielle, Recherche-action, Exclusion, Intervention de proximité
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