Devenir praticien-chercheur, un nouvel espace de résistance ? De la sensible crise à la transformation des acteurs.

Année : 2023

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

CASSAGNES BREIDENBACH marie (France) – breidenbachmarie@hotmail.fr – Chercheur
CHOTTIN nicolas (FRANCE) – nicolas.chottin@orange.fr

Résumé :

Respectivement travailleuse sociale et travailleur pair, aujourd’hui doctorants en Sciences de l’éducation et de la formation, nous témoignerons de processus de professionnalisation en contexte de crises. Notre communication suivra le cheminement qui fut le nôtre, du sensible au scientifique, de l’individuel au collectif, pour éclairer une voie visant à sortir de l’impuissance (Le Bossé, 2016).
« Quand la confrontation sur la qualité du travail est devenue impraticable, suractivité et sentiment d’insignifiance forment un mélange « psychosocial » explosif » (Clot, 2015, p. 112). Ce que Clot nomme l’activité empêchée (2015, p. 136) permet de révéler les soubassements du travail, entre conflits éthiques et tensions axiologiques. Si les repères dans le champ du travail social semblent aujourd’hui se fragiliser, il nous paraît utile de rappeler que « chaque individu, privé de tout repère professionnel, se trouve alors seul, désarmé […]. Il n’a plus la protection du filet que représentent le métier, la qualification pour guider et border son activité par la pensée » (Linhart, 2017, p. 142). En outre, le délitement de certains collectifs de travail (Clot, 2015, p. 97) participe à l’émergence de cette souffrance que nous avons tenté de transformer « en énergie vitale à canaliser » (Clot, 2015, p. 159) grâce à notre entrée en recherche.
Après avoir vécu puis appréhendé les différentes crises du travail social au prisme de nos sensibilités de praticiens, nous adopterons une posture de chercheurs en présentant les résultats de l’analyse lexicométrique d’un corpus de presse construit autour des mots clés que sont le travail social et le concept de crise. Explorer ce contexte dans le cadre d’une approche quali-quantitative (Venturini et Latour, 2010, cité par Ratinaud et al., 2019, p. 180) et dans une perspective macrosociale, nous permettra de saisir les tensions politiques et sociales à l’œuvre. En effet, « qualifier le travail social à la hauteur de ses enjeux contemporains […] exige de prendre acte des paramètres socio-politiques, et non seulement techniques, qui le traversent » (Karsz, 2011, p. 64). Ce travail consistant à revisiter le sensible révèle, in fine, la boucle récursive qui permet à l’individu d’être « producteur de la société qui le produit » (Morin, 2016, p. 14). Par là-même, le paradigme de la complexité donne sens à notre posture de praticiens-chercheurs (Albarello, 2003), soucieux de développer notre pouvoir d’agir individuel et collectif (Clot, 2015, p. 168). Véritable outil de prévention des risques professionnels, le pouvoir d’agir « se trouve […] dans l’activité « délibérée » sur la qualité du travail, ensemble autour d’une histoire à reprendre » (Clot, 2015, p. 188).
Inscrivant à présent nos travaux de recherche dans les démarches de recherche-action (Christen-Gueissaz et al., 2010; Mesnier & Missotte, 2003) et assumant les visées trans-formative, politique et existentielle de nos travaux (Barbier, 1996, p. 43 50), nous tentons ainsi de soutenir le développement du pouvoir d’agir de nos pairs, au travers d’une posture de passeur qui tente de faire dialoguer théorie et pratique en écho aux trajectoires qui nous ont permis de reconstruire les contours de notre professionnalité. Ces dispositifs de recherche impliquent donc « la présence active d’un groupe impliqué considéré comme « chercheur collectif » de la recherche » (Barbier, 1996, p. 48 49) et poursuivent un cheminement itératif qui ne va pas sans rappeler les quatre axes de la démarche du développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités (Vallerie, 2018, p. 44) : de l’analyse des acteurs en contexte à une démarche d’action conscientisante, en passant par une problématisation des situations professionnelles (Paul, 2022) et la mise en œuvre concrète d’expérimentations sociales.
Approcher nos objets de recherche par le sensible relève, en définitive, d’une épistémologie alternative qui tente d’ouvrir des espaces de résistance pour remettre du sens à l’intervention sociale au quotidien.

Mots clés :

Intervention sociale et travail social, Recherche-action, Praticien-chercheur

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