Sortir d'un placement en protection de la jeunesse et accès aux services pendant la pandémie.

Année : 2023

Thème : Responsabilité individuelle et solidarité

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

GOYETTE Martin (Canada) – martin.goyette@enap.ca – Enseignant ou formateur

Résumé :

Les jeunes ont été particulièrement affectés par les confinements et la pandémie, notamment du point de vue de leur santé mentale. Ils ont connu plus que tout autre groupe de la société, un changement de leur sociabilité et ont connu de l'anxiété. Les jeunes qui ont connu un placement en protection de la jeunesse ont également été affectés par le confinement et la pandémie.
Notre proposition présentera les enjeux du soutien des jeunes ex placés au Québec pendant la pandémie. Nous utiliserons les données longitudinales sur le devenir des jeunes placés (T1 1136; au Québec) pour laquelle une collecte de données spécifiques a été réalisée sur les conséquences de la pandémie. 717 jeunes de cette cohorte représentative ont été rencontrés à l'été 2020 et à l'automne suivant après un confinement important de plus de trois mois en lien avec la pandémie. De ces jeunes, nous avons rencontrés 48 jeunes dans le cadre d'entretiens semi-directif.
Les résultats montrent que 29, 5 % des répondant.e.s au questionnaire (n 717) affirment qu’ils n’ont pas pu avoir accès à des services en raison de la covid-19 et ce sont surtout les jeunes qui y recouraient ou en avaient le plus besoin: Lorsque les jeunes en vague 2 (pré pandémie 19 ans) indiquaient avoir eu une difficulté de santé mentale ou plus, la probabilité d’avoir indiqué pendant la pandémie, de ne pas avoir eu accès aux services est de 41%. Les jeunes qui déclaraient ne pas avoir eu de problèmes de santé mentale à 19 ans ont été proportionnellement plus nombreux à conserver leur emploi et à travailler activement au moment de répondre à l’intervague par rapport à leurs homologues qui déclaraient en avoir eu. Par ailleurs, les jeunes ayant connu au moins une expérience d’itinérance ou de l’instabilité résidentielle, ainsi que les jeunes qui n’avaient pas encore leur DES ou qui ont déclaré avoir eu des problèmes de santé mentale à 19 ans ont été proportionnellement plus nombreux à déclarer que la crise avait nui à leur situation financière et qu’ils ne s’étaient pas encore replacés. Les jeunes ayant connu des expériences d’itinérance sont les plus susceptibles de ne pas reprendre les cours après les réouvertures des écoles et le déconfinement (soit 21,7% contre seulement 5,7% parmi ceux ayant toujours été en stabilité résidentielle).
Par ailleurs, les résultats de la collecte de données qualitatives montrent comment les effets de la pandémie sur une sphère de vie (ex. logement) ont des conséquences cumulées sur les autres sphères de vie (travail, sociabilité, etc). Également nous montrerons comment les processus d'accès aux services et de soutien sont différenciés selon la trajectoire antérieure des jeunes, leur réseau et certaines difficultés.
La discussion des résultats portera sur les enjeux d'organisation des services et de soutien aux jeunes en situation de difficulté et aux jeunes placés dans un contexte pandémique.
Si nos études antérieures montrent que les jeunes sont peu soutenus par l'état dans la sortie de placement au Québec; cette recherche pose encore la question de la responsabilité étatique de soutenir les jeunes qui ont peu ou pas de soutien de leur famille. Enfin, pendant que de nombreuses juridictions ont suspendu les sorties sèches de placement pendant la pandémie dans la continuité des principes de soutien prolongé (extended care); le Québec n'a pas pris cette décision. Il s'agit d'un enjeu central de solidarité.



Mots clés :

Intervention sociale et travail social, Action publique, Pauvreté, jeunes placés, soutien post placement

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