Retour sur expérience d'une étude comparée entre le Chili et la France sur les représentations sociales de groupes sociaux au sujet de la protection sociale de leur pays
Année : 2023
Thème : Pratiques de recherche émergentes dans le travail social
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
MARIALE line (FRANCE) – lmariale@parmentieridf.fr – Enseignant ou formateur
Mechaheb Dalila (France) – dalila.mechaheb@gmail.com
Résumé :
Issues de centre de formation en travail social et d'université, l’équipe de formatrices chercheuses franco-chilienne que nous formons poursuit sa démarche initiée en 2017 de compréhension des systèmes de régulation sociale à l’œuvre sur chacun des deux territoires Chili et France, en contexte de néo libéralisation de la protection sociale.
En 2022, notre axe de recherche comparée (Vigour, 2005) sur deux territoires aux histoires singulières, différentes et pourtant confrontées aux effets de la mondialisation sur leur sol s’ancre plus précisément sur les représentations sociales (Jodelet, 2003) des populations du système de régulation sociale alors même que notre monde vient de connaitre une crise sans précédent liée à la pandémie au Covid 19 et également en raison des mouvements sociaux importants et profondément vecteurs de mutations au sein des deux sociétés. Ainsi, ces dernières sont confrontées à des crises sociales et sociétales avec, plus précisément du côté du Chili, la crise sociale d’octobre 2019 qui sous fond de récession économique voit poindre l’ombre d’une révolution suivie d’une tentative avortée d’institutionnalisation d’une nouvelle Constitution. Pour sa part, la France, après avoir connu la crise des Gilets Jaunes un an auparavant, et l’Europe toute entière, connait une situation de conflit armé aux portes de son territoire suite au déclenchement de la guerre de la Russie contre l’Ukraine le 24 février 2022.
Alors que nous (le sens commun) associons la crise à la perte de sens, à l’effondrement des valeurs en tous points et de toutes parts, cette recherche valorisée par nos établissements respectifs, mise en perspective à travers des articles, des contributions aux congrès AIFRIS et par la rencontre avec nos pairs sur les 2 territoires d’exploration nous amène à entrevoir la dimension créatrice de notre démarche tournée vers la Krisis en son approche décisive et déterminée (Morin, 2012) pour la compréhension des questions sociales.
Dès lors, notre étude porte sur les représentations des groupes sociaux sur le rôle redistributif de l’Etat et l’universalité des droits sociaux à partir de l’approche de la sociologie des liens (Paugam, 2013).
Pour notre part, formatrices françaises, il s’agit d’envisager l’expérience des répondants en contexte alors que la dialectique du soutien au pauvre, à l’indigent, originellement verticale et descendante prend effet dans sa dynamique horizontaliste depuis les années 2000. Le bénéficiaire de la protection sociale invité, voire assigné à se mobiliser pour son insertion sociale vers un accès à l’emploi quasiment impossible dans un pays qui a passé le cap de l’ubérisation de l’emploi. Il convient de mettre relief la manière dont ces expériences sont vécues et perçues dans une société confrontée à une polarisation des ressources sur le territoire à l’instar du regard porté sur ce constat par Aldo :
« Il y a une fracture sociale importante. Les nantis sont gagnants. Les pauvres, ça nous rappelle le
Moyen-Age. » (personne concernée, lors d’une enquête du CNLPE, 2020)
Notre démarche d’analyse des données collectées auprès d’une vingtaine de répondants à ce jour nous amène à dresser le constat du clivage existant au sein de notre société depuis les représentations sociales des personnes. Alors même que la protection sociale est reconnue comme source salvatrice pour notre régulation sociale, les nouvelles solidarités mettent en exergue une catégorisation des publics portant le focus non plus sur leur statut mais sur le point nodal de leur exclusion, allant jusqu’à être substantivés (Bresson, 2008). Cela donne lieu à l’émergence de catégorisation discriminante (Astier, 2009), avec en toile de fond une société sociale qui admet qu’une partie de ce qu’elle promeut en soit exclue, allant jusqu’à l’introduire dans son discours clivant et paradoxant (de Gauléjac, 2017) : cohésion sociale, le vivre ensemble (entre ceux qui ont accès à… et ceux qui sont exclus de…).
Mots clés :
Protection sociale
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