Le modèle PEVC : transformation des pratiques en matière de violence conjugale dans le secteur de la protection de la jeunesse au Québec
Année : 2023
Thème : Le modèle PEVC : transformation des pratiques en matière de violence conjugale dans le secteur de la protection de la jeunesse au Québec
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
LAPIERRE simon (CANADA) – simon.lapierre@uottawa.ca – Chercheur
MAURICE marie-noelle (CANADA) – coordination@pevc.org
MARCEAU valérie (CANADA) – vmarc034@uottawa.ca
VINCENT alexandra (CANADA) – avinc012@uottawa.ca
Côté Isabelle (Canada) – isabelle_cote@uqar.ca
THIBAULT Jacqueline (CANADA) – jthib022@uottawa.ca
Résumé :
De nombreuses études ont démontré les limites et les lacunes de l’intervention des services de protection de l’enfance en contexte de violence conjugale (Humphreys et Absler, 2011; Strega et al., 2008). L’identification de la violence conjugale demeure un défi majeur pour les intervenants et lorsque la violence survient après une séparation, ceux-ci confondent souvent la problématique de la violence conjugale post-séparation avec celle du « conflit sévère de séparation » (Gouvernerment du Québec, 2021). De plus, l’intervention dans ces familles s’avère souvent être une source de blâme pour le parent victime, qui est généralement la mère de l’enfant, (Johnson et Sullivan, 2008), tandis que le parent violent, qui est généralement le père de l’enfant ou le conjoint de sa mère, ne fait pas l’objet d’une attention aussi soutenue (Allagia et al., 2007).
C’est dans l’objectif de susciter un renouvellement des pratiques en protection de la jeunesse dans les contextes de violence conjugale que le modèle Protection des enfants en contexte de violence conjugale (PEVC) a vu le jour. Développé par des chercheurs, en étroite collaboration avec des représentantes de maisons d’aide et d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale et des représentantes des services de protection de la jeunesse, le modèle s’appuie sur une compréhension approfondie de la violence conjugale à la lumière de la notion du contrôle coercitif. Il vise à favoriser la mise en place de pratiques tenant compte des violences vécues et des conséquences de celles-ci dans la vie des parents victimes et des enfants. En ce sens, il met de l’avant les quatre principes d’intervention suivants : 1) assurer la sécurité et le développement de l’enfant; 2) favoriser la participation de l’enfant; 3) créer une alliance avec le parent victime; 4) responsabiliser le parent violent dans l’objectif de prévenir ou de mettre fin à la situation de compromission. L’implantation du modèle comprend une formation intensive de quatre jours, suivie de communautés de pratique destinées aux intervenantes et intervenants DPJ; une formation aux partenaires (services policiers, maisons d’aide et d’hébergement, services pour conjoints violents et autres) ainsi qu’une formation à l’intention des avocates et avocats du contentieux de la DPJ. Le modèle a aussi fait l’objet d’une évaluation rigoureuse de ses retombées dans les pratiques en protection de la jeunesse et dont les résultats préliminaires se sont avérés fort prometteurs (Maurice et al., 2023).
Le contexte socio-sanitaire québécois ayant suivi l’implantation du modèle a démontré la pertinence de celui-ci. D’abord, la pandémie de Covid-19 a révélé la vulnérabilité que vivent les enfants victimes de maltraitance et la nécessité de leur venir en aide (Marmor et al., 2021). Dans un tel contexte, l’accès limité des familles aux ressources et la complexification de la coordination entre les différentes ressources ont entraîné une hausse des signalements à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) au Québec, notamment pour exposition à la violence conjugale (Blais et al., 2020). À noter que dans cette province canadienne, l’exposition à la violence conjugale est considérée comme l’une des formes de mauvais traitement psychologique pouvant compromettre la sécurité et le développement de l’enfant et ainsi justifier l’intervention de l’État. Avant la pandémie, l’exposition à la violence conjugale représentait déjà l’une des problématiques les plus signalées et retenues en protection de la jeunesse (Hélie et al., 2017). De plus, la vague de féminicides qu’a connue le Québec en 2021 a sensibilisé le grand public aux conséquences léthales potentielles de la violence conjugale, incluant en contexte post-séparation, et a interpellé différents palliers gouvernementaux pour améliorer la réponse à la problématique de la violence conjugale.
Dans cette présentation, nous exposerons le contexte d’émergence du modèle PEVC ainsi que son déploiement. Nous insisterons notamment sur les principes du modèle et ses aspects novateurs. Enfin, nous présenterons les résultats issus de l’évaluation du modèle et de ses retombées dans la pratique dans les trois régions où le modèle a été implanté.
Mots clés :
Intervention sociale et travail social, Formation, Savoir-faire, Protection de la jeunesse
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