L’accueil des réfugiés durant l’état d’urgence sanitaire lié au COVID-19.
Année : 2023
Thème : Pratiques émergentes entre résilience et rééducation à la distanciation<br />
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
ELIA Anna (Italie) – anna.elia@unical.it – Chercheur
Résumé :
En référence au système complexe de politiques gouvernementales et de programmes destinés aux réfugiés, Rumbaut (1989) assimile l’enclave ethnique dans laquelle les bénéficiaires vivent des formes d’“intégration assistée” à des “segmented state welfare systems”. Dans ce que Bolzman (2001) définit de “zone assurancielle”, le contrôle de la liberté de mouvement des réfugiés a pour but d’optimiser les procédures d’identification et d’accompagnement en un lieu où le temps est suspendu. Durant le COVID-19, les espaces et la durée de suspension des droits se sont dilatés et, bien que les conséquences et les implications sociales, économiques et psychologiques réelles ne pourront être évaluées qu'à long terme, l'impact des restrictions sur les migrants hébergés dans les structures suscite déjà quelques réflexions, tant sur les parcours administratifs et d'accompagnement que sur la vie quotidienne et les espaces relationnels, déjà limités en soi.
Cet essai se propose d’analyser les conséquences de la “rééducation” des réfugiés et réfugiées face à de nouvelles normes et valeurs (Knusden 1991) – en particulier ici la distanciation sociale et le sens de responsabilité de chacun s’agissant des mesures d’isolement – par rapport à la vie dans les projets d’accueil territoriaux gérés par les services sociaux des communes et des organismes appartenant au secteur tertiaire. Même si sur le plan sociologique et politique l’espace vécu par le réfugié dans les lieux d’installation est en effet, à priori, un non-lieu ou un vide (Bauman 2007), en réalité cet espace se remplit de relations, celles qui sont nées de l’intervention humanitaire et de la formation des espaces-temps de réfugiés et réfugiées (Agier 2002) Ces relations, ainsi que les pratiques et les interventions qui, dans une dynamique circulaire se déterminent mutuellement, ont nécessairement connu un déclin et se sont réadaptées face au Covid-19. À travers cette perspective, ce sont les formes de vulnérabilité sociale engendrées par la crise sanitaire globale, ainsi que les stratégies liées à la résilience mises en oeuvre au niveau individuel et collectif qui ont été approfondies, plutôt que les évolutions entraînant des changements peut-être irréversibles dans les services considérés comme essentiels. Ces réflexions se basent sur les résultats secondaires mais importants d’enquêtes et de recherches menées entre 2020 et 2021 dans le cadre d’un projet national de recherche sur la parentalité dans la migration forcée, à partir d’un corpus d’entretiens effectués auprès de réfugiés et d’intervenants sociaux présents dans 5 projets du Système d’Accueil et d’Intégration en Calabre, région du sud de l’Italie.
Mots clés :
Cohésion sociale locale, Collectivité territoriale, Bénéficiaire, réfugiés
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