Faire prendre part aux "choses du commun" : analyse du dispositif BRI-Co

Année : 2023

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

VLEMINCKX justine (Belgique) – justine.vleminckx@fdss.be – Chercheur

Résumé :

A partir de décembre 2021, la Fédération des Services Sociaux (FDSS-B) s’est saisie du dispositif « BRI-Co » (Bureau de Recherche et d’Investigation sur les Communs) lancé dans le cadre du plan de sortie de crise « Alcov » (Agir localement contre le virus), financé par la région de Bruxelles-Capitale (Cocom). Déployé au sein de quartiers bruxellois précarisés reconnus comme étant les plus exposés au virus de la Covid19 mais aussi, les plus hésitants face à la vaccination (sur base d’indicateurs statistiques), le BRI-Co avait pour mandat spécifique d’agir localement sur les déterminants sociaux de la non-vaccination et plus largement, de la santé (fracture numérique, défiance envers les autorités publiques, relégation de la santé au second plan dans l’ordre des priorités, etc.). Pour la FdSS, témoin de l’accélération de la dématérialisation des services publiques et de ses impacts sur le travail social de première ligne, la mise en place de BRI-Co a constitué plus largement une opportunité d’agir d’une part, sur les enjeux de l’accès aux droits et aux services (Noël, 2016) et d’autre part, en faveur d’une redynamisation des démocraties locales. Dans un contexte où les politiques sociales restent guidées par des logiques managériales du résultat et de la gestion de crise, le BRI-Co représentait aussi une opportunité de valoriser et de soutenir une intervention communautaire de fond, centré sur le temps long de la rencontre et de l’écoute.
Reposant sur l’introduction au sein d’un territoire donné d’une figure tierce (extérieure à ce territoire), et sur des dispositifs méthodologiques fondés sur l’approche outreach (Denoncourt, et al. 2000 ; Baillergeau et Grymonprez, 2020; Baillergeau, 2007), le BRI-Co prend la forme d’un espace d’accueil et d’écoute, ouvert pendant trois jours complets, sur un territoire limité (de 5000 habitants maximum). Un repas cuisiné par un chef est offert tous les midis ; des boissons chaudes sont disponibles en libre-service toute la journée. Un crieur de rue est chargé d’attirer les riverains, via des maraudes, du porte-à-porte et la distribution de flyers. Des travailleurs sociaux et chercheurs, présents la durée de l’installation du BRI-Co, créent les conditions d’un dialogue avec et entre les personnes présentes, autour des « réparations » (des changements) à entreprendre dans leur milieu de vie ou plus spécifiquement, à partir d’une thématique définie en amont (la santé mentale, la précarité alimentaire ou dans le cadre de la stratégie Alcov, la crise sanitaire et les différentes stratégies de lutte contre le virus). Il est à noté que l’implantation d’un BRI-Co nécessite toujours l’implication et l’intérêt préalables des forces vives du quartier considéré (habitant.e.s, collectifs citoyens, acteurs associatifs et institutionnels). Et pour cause, à l’issue des trois jours, à l’occasion d’une restitution publique, ces mêmes acteurs sont conviés à se saisir du diagnostic présenté pour mettre en œuvre collectivement des actions concrètes au sein du territoire concerné.

Alors que le projet BRI-Co a été reconduit en 2023 dans le cadre d’un grand plan social-santé intégré lancé en région bruxellois (PSSI), nous aimerions revenir, dans cette communication, sur cette première année d’expérimentation. En examinant les intentions qui ont guidé la mise en place de ces BRI-Co à Bruxelles, nos méthodologies d'intervention et ce que les participants sont venus y déposer, ce qu’ils en retirent, ce qu’ils y gagnent et y perdent, nous nous intéresserons à ce que permet et entrave l’expression d’une parole citoyenne et le "prendre part" aux choses du commun et à la vie politique locale des populations issues de quartiers « relégués » (Charles, 2016).

Mots clés :

Action communautaire, Participation, Développement local

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