L'aller vers face à la crise des métiers de l'humain

Année : 2023

Thème : Quand l’aller vers déplace deux institutions de la formation et du médico-social pour se modifier ensemble

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

ADLOFF céline (France) – celine.adloff13@gmail.com – Enseignant ou formateur

Résumé :

Dans cette communication reliée à l’axe 3 de l’appel à contributions, je me propose de rendre compte de la résurgence de l’aller vers à l’œuvre en cas de crise socio-professionnelle et les déplacements institutionnels qu’il induit. Cyprien AVENEL nous rappelle que la démarche d’aller vers « n’est (…) guère une nouveauté, elle s’inscrit au contraire dans la filiation des pionniers du travail social, et elle demeure depuis les origines un fait persistant, chaque fois que les pratiques institutionnelles et associatives standardisées révèlent leurs limites. »

Quand deux associations qui relèvent de la formation d’éducateur spécialisé et du médico-social se confrontent à un défaut d’attractivité, elles vont sur le terrain de l’autre, pour faire converger leurs intérêts communs, vers une expérimentation.
D’un côté, le nombre de formations à petits effectifs s’accroît sans pour autant avoir les salles concordantes. Délocaliser entièrement une alternance sur le site qualifiant résout l’équation.
De l’autre côté, la présence d’internats oblige à disposer de personnel 7jours/7 24h/24. Avoir les apprenants à proximité permet de les persuader de cumuler les activités au quotidien. En outre, l’alternance se décline sur 2 années consécutives (et non 3) pour pallier les absences des formés.

Cette expérimentation met en jeu 2 institutions à travers des déplacements -inhabituels et réguliers- de 13 formés et 5 formateurs au sein de 7 établissements. Placé au cœur de la formation, l’aller vers accompagnerait-il la mise en mouvement des institutions impliquées au point de les contraindre à se transformer ?


À l’occasion de cette alternance, un comité de pilotage fédère les directions des établissements impliqués pour, ensemble, décider des contenus du programme allégé, pour préparer les certifications identiques à tout éducateur en formation, pour penser l’ingénierie pédagogique et les séquences associées. Cette instance de co-construction se complète par des rencontres régulières partagées entre les apprenants, leurs référents de terrain et certains membres du comité susmentionné, qu’elles se déclinent sous forme de visite de terrain, de rendez-vous spontané ou d’espace de parole ritualisé de fin de session théorique. Ces échanges aboutissent à la conception -partagée avec l’école en travail social- de trois semaines de formation théorique portées par le terrain.

Au sein de toutes ces articulations, l’institution de formation engage un aller vers l’institution médico-sociale et inversement. L’ensemble de ces déplacements favorise un dépassement des habitudes et des « périmètres institutionnels » (Roland JANVIER), au fil du temps renouvelé.
Cet « au-delà » se concrétise par des pratiques émergentes du côté de l’école : accès à la formation facilité, évaluations semestrielles réadaptées, contraintes de stage minimisées, déconstruction des instances sacralisées en interne avec une dilution dans d’autres séquences de formation… pour une remise en question des manières de faire à l’interne.
Cet « au-delà » se concrétise aussi par des pratiques émergentes du côté des établissements médico-sociaux davantage autocentrés et décalés de la culture partenariale (selon les dire de trois cadres professionnels). Confrontés à la nécessité de créer des liens territoriaux pour viser l’acquisition de compétences spécifiques par les apprenants, ils se sont actualisés.

En somme, cet « au-delà » libère la capacité d’innovation des associations en jeu. « Au plan des institutions, l’aller vers n’est pas à envisager comme une démarche de conquête (de nouveaux territoires d’action, de nouveaux publics) mais comme une exploration. » (Roland JANVIER) L’aller vers instaure un prolongement institutionnel lié au hors les murs et hors du quotidien. Jusqu’où peut tendre l’aller vers, sans risquer de fragiliser l’institué et d’être rejeté telle une greffe ? Jusqu’à quand peut-il tenir avec ce caractère immersif sans essouffler les acteurs impliqués ni insécuriser les acteurs éloignés ?

Mots clés :

Action alternative, Action publique, Apprentissage en alternance, Aller vers

← Retour à la liste des articles