Droits des personnes âgées en période de pandémie : sens de l'existence aux âges avancés et crise socio-sanitaire
Année : 2023
Thème : Politique de santé publique et questionnements éthiques sur l’accès aux soins, la vie sociale, la libre circulation et l’exercice de la citoyenneté : limites et empêchements de l’exercice des droits fondamentaux des aînés dans un contexte d’incertitudes
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
LELEU Myriam (Belgique) – leleum@helha.be – Enseignant ou formateur
Résumé :
“J’ai peur d’attraper le virus, puis d’être hospitalisée, peur de souffrir, peur de mourir et surtout peur de l’isolement…” Yvette, 86 ans, Domicile
“Je le vis très mal... Je déprime… Je ne sais plus pleurer alors je pleure dans mon coeur… Je n’ai plus la belle humeur ici… Avant, j’essayais de bavarder et maintenant je ne sais plus, je n’ai plus ce goût-là. On ne savait pas que cela allait durer si longtemps.” Micheline, 81 ans, Maison de repos
“C’est une saloperie qui se trouve dans l’air, cette saloperie-là de corona… Je n’ai pas aimé le confinement… On nous interdisait de sortir… J’étais enfermé dans ma chambre, je me sentais seul… Je n’aime pas vivre ainsi, car j’ai fait la guerre. Je n’aimais pas être emprisonné… Ils n’en ont rien à foutre de tous ces vieux qui décèdent.” Hubert, 100 ans, Maison de repos
Le sceptre de l’institution totalitaire d’Erving Goffman ressurgit au détour de ces expressions qui rappellent la solitude, l’isolement, l’enfermement, l’exclusion sociale. Des droits et libertés ont été atteints, ceux de sujets âgés empêchés de vie et privés de contacts sociaux dans un but de protection mais à quel prix ? Fallait-il en effet soutenir une vie confinée au risque de ne plus se sentir vivant ou une vie libre et autodéterminée au risque d’en mourir ?
L’année 2020 a été marquée par une maladie infectieuse, la COVID-19, provoquée par le coronavirus SARS-coV-2. Ce virus, apparu à Wuhan en Chine le 16 novembre 2019, a atteint en particulier les personnes âgées, dont les taux de mortalité élevés durant les périodes fortes de la pandémie ont montré la fragilité.
Les premiers cas ont été observés en Belgique le 1er février 2020, lors du rapatriement de 9 Belges de Hubei (Chine). Après l’annonce officielle de la pandémie par l’OMS le 11 mars 2020, la Fédération Wallonie-Bruxelles décidera de fermer les écoles à partir du 13 mars 2020. D’autres mesures sanitaires seront prises ensuite, avec un premier confinement imposé du 18 mars au 5 avril 2020. Le 27 mars 2020, à l’issue d’un Conseil National de Sécurité, le confinement sera prolongé jusqu’au 19 avril 2020. Quelques mois plus tard, le 19 octobre 2020, au vu d’une augmentation importante des hospitalisations, de nouvelles mesures sanitaires seront appliquées avec un couvre-feu et une limitation des contacts sociaux.
Depuis le début de la pandémie, 3.669.964 cas de contamination liés au coronavirus ont été recensés ; un bulletin épidémiologique du 16 mars 2022 indique 30.472 décès dûs au coronavirus, dont 20.208 en hôpital et 10.077 (environ 33%) en maison de repos (Sciensano, 2022).
Constatant des manquements par rapport aux droits des aînés dans une situation de crise sanitaire inattendue, le Réseau d’Études International sur l’Âge, la Citoyenneté et l’Intégration socio-économique (REIACTIS) a lancé une Recherche Internationale sur les Droits des Personnes âgées en période de pandémie (RIDPA). Ce programme concerne 17 pays de 4 continents (Amérique du Nord et du Sud, Afrique, Asie, Europe) ; il questionne le respect des droits fondamentaux des personnes âgées et cherche à comprendre la variété des réponses de sociétés et cultures différentes à un même phénomène.
Un dispositif commun de récolte des pratiques émergentes et des réactions des gouvernements face à la crise due au coronavirus a été mis en place afin de permettre une étude comparative, à partir de trois types de sources : les profils démographiques, politiques et épidémiologiques nationaux, des entretiens avec des personnes-ressources et acteurs de la société civile et l’analyse des discours publiés dans les médias. La période observée se déploie du 1er janvier 2020 au 30 juin 2021.
Quatre types de droits ont été questionnés : l’accès aux soins, la vie sociale, la liberté de circulation, la participation citoyenne. En Belgique, 13 entretiens ont été réalisés par des étudiants d’un Master en Transitions et Innovations Sociales (UMons, UcLouvain, HELHa, HEH, HEPH-Condorcet) ; l’analyse des médias (deux quotidiens - La Libre Belgique, Le Soir ; un hebdomadaire - Le Vif/L’Express) a été effectuée par une doctorante de l’Université de Lorraine.
La question des droits des aînés a été traitée via un processus de formation participative qui a laissé une importante autonomie dans la co-construction des savoirs par des étudiants-chercheurs.
L’intervention portera sur les résultats des observations menées en Belgique, avec une ouverture sur les perspectives dégagées de l’analyse comparative des pays observés. On peut déjà évoquer une situation paradoxale pour la Belgique, révélant une volonté de protection des plus fragiles dont les aînés avec une priorité pour la vaccination, mais surtout une réduction effective de leurs droits et libertés par un accès limité aux soins de santé et aux hôpitaux, des mesures de confinement et de distanciation sociale imposées aux résidents des maisons de repos leur interdisant sorties et visites qui ont impacté leur santé, une participation quasi inexistante aux décisions les concernant.
Mots clés :
Politique publique, Crise sociale, Santé, droit, citoyenneté, aînés
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