Proposition de communication au 10e congrès international de l'association internationale pour la formation, la recherche et l'intervention sociale (Aifris)

Année : 2023

Thème : Usages et effets des pauses chez les travailleuses militantes du secteur à profit social

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

ASPEEL alexandra (BELGIQUE) – alexandraaspeel@gmail.com – Etudiant

Résumé :

Les carrières des travailleurs du secteur à profit social sont parsemées de pauses en tous genres. Burn-out, prise en charge d’un parent, naissance d’un enfant, maladie, mais aussi petite pause-café prise seule ou avec des collègues pour prendre le temps de souffler, ne sont que quelques exemples des formes plus ou moins spontanées que peuvent prendre ces pauses. Parfois choisies, parfois imposées, ces pauses peuvent émerger face aux nombreuses crises auquel est confronté le secteur à profit social : de situations d’« usagers » urgentes aux politiques sociales inadaptées en passant par les difficultés organisationnelles, les crises semblent intégrées à la routine de travail. Souvent pensées comme moyen de prévenir, d’adoucir ou de réparer les crises vécues par les travailleurs, pause et crise semblent liées.

La recherche présentée ici tente de comprendre comment des travailleuses militantes du secteur la migration et de la coopération internationale se saisissent des pauses dans leurs carrières tant professionnelles que militantes. Notre proposition de communication s’ancre ainsi dans « l’axe 1 – les pratiques émergentes en contexte de crise : les processus à l’oeuvre et ses acteurs » ; plus spécifiquement sur les questions liées aux marges de manoeuvres des acteurs et leur liberté d’action ainsi que sur la manière dont ces actrices et acteurs contribuent à l’élaboration de pratiques émergentes.

Afin d’expliciter et d’opérationnaliser l’objet de recherche, nous avons tenté de faire émerger une catégorisation des formes que prennent les pauses en fonction d’une part de leur nature et d’autre part de leur durée. La recherche se construit ensuite et principalement autour d’entretiens compréhensifs (Kaufmann, s. d.) réalisés auprès de cinq femmes.

Au travers l’analyse de nos entretiens, nous avons dégagé trois éléments principaux nous permettant de comprendre les usages et effets de pauses.

Le premier élément est issu du constat d’une utilisation différenciée des pauses en fonction de la place occupée par la travailleuse au sein de son organisation. Être cadre ou travailleuse de première ligne implique différents degrés d’autonomie, notamment autour de l’usage de la pause. Pour saisir les enjeux liés à ces différences de statut, nous nous appuierons d’une part sur les concepts de capitaux et d’habitus qui nous éclairerons quant aux différentes origines sociales des enquêtées (Van Campenhoudt et al., 2017) ; ainsi que sur la notion de rétributions (Gaxie, 1977) afin de comprendre les mécanismes déterminant l’évolution différenciée des carrières des enquêtées.

Le second élément provient quant à lui des différences propres aux types d’organisations dans lesquelles travaillent les enquêtées. Afin de comprendre les enjeux organisationnels liés à chacune de ces organisation nous nous appuierons sur la théorie de la contingence (Hatch & Cunliffe, 2016) ; nous travaillerons ensuite le cadre commun identifié au travers des entretiens dans lequel s’inscrivent l’ensemble des organisations, l’urgence et la surcharge de travail, en prenant appui sur la notion de flux tendu (Latteur & Mateo, 2013).

Enfin, le troisième élément concerne les spécificités liées au genre des enquêtées telles que la nécessaire prise en charge familiale, l’impossible séparation des sphères de vie, la culpabilité et le travail du care. Afin de travailler ce troisième et dernier élément nous nous pencherons d’une part sur la notion de division sexuelle du travail militant (Vendramin, 2013) ainsi que sur l’idée d’un investissement « corps et âme » (Fillieule & Roux, 2009) des militantes.

Ces différents éléments nous permettront de tenter de comprendre comment les pauses sont saisies par ces actrices du secteur à profit social pour « tenir » (Gaspar, 2012), développer leurs carrières et leurs engagements mais aussi, parfois, leurs organisations.

Mots clés :


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