Entre crise professionnelle et crise sanitaire: remise en perspective des espaces formatifs pour l'émergence d'un nouveau modèle d'apprentissage dans la formation des futurs travailleurs sociaux.
Année : 2023
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
KERIM samira (FRANCE) – samira.kerim@apradis.eu – Enseignant ou formateur
Résumé :
Le travail social est connu en France pour être un milieu professionnel confrontant, en mal de vivre et en perte de reconnaissance. Néanmoins, la formation des travailleurs sociaux reste une plus-value pour les personnes qui souhaitent s’y engager, si bien que l’inscription dans un processus d’apprentissage d’un des métiers du travail social reste encore aujourd’hui un gage d’insertion professionnelle au service des autres et un modèle incontournable reconnu par tous les acteurs institutionnels qui y participent. Comme l’aborde Alain Vilbrod dans son ouvrage intitulé « L’identité incertaine des travailleurs sociaux », au fil des années une reconnaissance de l’incertitude s’est induite dans le travail social qui est un terrain de recherche qui reste encore aujourd’hui à explorer. En corrélation avec les changements organisationnels et structurels que les professionnels du travail social subissent, certaines constructions identitaires se définissent encore et toujours comme étant incertaines et cela dès l’apprentissage des différents métiers. Cette incertitude, là où tout semblait assuré, régulé et prédictible est ce qui, pour Edgard Morin, dans l’absolu définit la notion de crise.
La crise confronte l’individu dans ses certitudes et habitudes de vie, dans ses représentations et sa manière d’agir. Elle est le symbole de quelque chose qui dysfonctionne, renvoyant l’individu à un déficit de savoir et à un déficit de réalité sociale.
En parallèle de cette crise professionnelle, je me suis laissée surprendre par les effets innovants de la Crise Sanitaire en élaborant un mémoire de recherche aux fins d’obtenir un Master 2. M’initiant à un protocole de recherche basé sur une approche clinique d’orientation psychanalytique qui utilise l’interprétation analytique à des fins de production de connaissances permettant une conceptualisation de lecture et de décryptage dans le champ pédagogique comme le définit Claudine Blanchard-Laville, j’ai fait le choix d’orienter mes explorations sur les apprenants en formation d’éducateur spécialisé dans le but d’aborder les processus identificatoires dans l’apprentissage du métier.
En lien avec la transmission d’appartenance qu’implique l’alternance intégrative en tant que formatrice, organiser un entretien clinique en groupe à visée de recherche en période de crise sanitaire n’était absolument pas l’objet premier de ma recherche même si celle-ci s’est massivement immiscée dans cette rencontre avec les sujets-apprenants. Aussi, l’utilisation du matériel numérique comme interface de rencontre dans un contexte de distanciation sociale a été une ressource innovante qui m’a permis de mettre en œuvre mon protocole de recherche. Utilisée comme vecteur de communication depuis le premier confinement en mars 2020, cette interface a été, un an plus tard, pensée comme un espace de rencontre le temps d’un entretien, puis comme un objet transitionnel permettant à chaque participant de se maintenir dans un lien avec l’extérieur sans être contraint à un énième protocole préventif qui surplombe l’objet même d’une rencontre avec un Autre que soi.
Dans cette communication, je partagerai les résultats de ma recherche et les questionnements qui ressortent des témoignages des étudiants, leurs ressentis concernant les effets de la Crise en période de formation en parallèle avec leur propre crise identitaire qu’implique le processus d’apprentissage du métier. Principalement centrée sur l’apprentissage et l’élaboration d’une identité au travail des sujets-apprenants dans un contexte socio-historique du métier et de la formation d’éducateur spécialisé, l’objectif de cette étude à travers l’analyse des discours était d’identifier les processus d’indifférenciation et de différentiation qui amèneraient à repenser les effets de la professionnalisation à partir du parcours subjectif des sujets-apprenants. Là où la contrainte de la distanciation sociale a laissé la place à un espace de « e-pédagogie alternative » qui renforce une réalité toujours plus présente de l’immatérialité des relations pédagogiques, les effets de la crise ont généré tant chez les formateurs que chez les apprenants un autre modèle d’apprentissage. Je tenterai d’aborder lors de la présentation la question de l’alternance intégrative qui semble se modéliser à travers une formation qui se veut, avec l’air du numérique, de plus en plus pro-active et réactive.
Mots clés :
Intervention sociale et travail social, Formation à distance, Professionnalisation, Identité au travail
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