Poids des acteurs de l’intervention sociale et prise en compte des pratiques professionnelles émergentes dans le processus de construction des politiques d’inclusion numérique : une perspective comparative Belgique-Suisse

Année : 2023

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

VATRON-STEINER béatrice (Suisse) – beatrice.vatron-steiner@hefr.ch – Chercheur
BROTCORNE périne (BELGIQUE) – perine.brotcorne@uclouvain.be

Résumé :

Comme l’ensemble des pays européens, la Belgique et la Suisse ont entrepris le grand tournant électronique (Garett, 2005) de leur administration dès le milieu des années 1990. Bien que l’étape du digital first à laquelle se trouvent actuellement les deux Etats prévoie le maintien des autres canaux d’accès, dans les faits, ceux-ci tendent à se rétrécir et les usagers et usagères sont enjoins, par le biais de différents types de (dés)incitations, à privilégier le canal du numérique pour entreprendre leurs démarches administratives. Les travailleurs sociaux et travailleuses sociales sont directement concerné-e-s par ces réformes dans la mesure où ils/elles sont les réceptacles de nouvelles demandes d’aides de la part de bénéficiaires dont les dispositions ne leur permettent pas de répondre aux exigences de cette nouvelle « conditionnalité numérique » (Mazet, 2019 : 43). Pour répondre à cette nouvelle mission d’accompagnement numérique, à ce jour officieuse dans la mesure où Ils/elles ne s’en sont pas vu confier officiellement le mandat, ces professionnel-le-s redoublent de créativité pour faire face à la diversité des situations, composer avec le décalage entre une figure prescrite de l’usager, encapsulée dans script et les situations d’usages effectifs (Brotcorne et al, 2019) et pour trouver leur place dans des dispositifs qui ne prévoient souvent pas la présence des tiers (Vatron-Steiner et al, 2023).
En Belgique et en Suisse, de nombreuses pratiques professionnelles émergentes ont donc été déployées par les acteurs de l’intervention sociale depuis la crise sanitaire pour tenter de contrer les effets excluants du basculement numérique des services publics. Pour autant, la reconnaissance de ces nouvelles pratiques par les autorités publiques constitue un enjeu central pour leur pérennisation et, plus largement, leur institutionnalisation.
Or, bien que l’inclusion numérique ait gagné en visibilité depuis la crise sanitaire pour être considérée désormais comme nouvelle catégorie d’intervention publique tant en Belgique qu’en Suisse, l’influence des acteurs de l’intervention sociale dans la dynamique de construction de ce nouveau « problème public » (Cefaï, 1996) est à ce jour inexplorée.
Dès lors, l’objectif de cette communication est double. Il s’agit d’abord d’analyser dans quelle mesure et de quelle manière les professionnels de terrain parviennent à porter une revendication collective autour des enjeux de reconnaissance des pratiques professionnelles émergentes dans les différentes arènes – politico-institutionnelles et médiatiques – de l’espace public. Il s’agit ensuite de saisir dans quelle mesure ces revendications contribuent à façonner la définition du problème d’inclusion numérique et sa mise à l’agenda politique.
Pour ce faire, cette communication s’appuie sur une sociologie comparée de l’action publique (Feick, 1990 ; Lima, 2004), en particulier sur les travaux portant sur la construction des problèmes publics (Cefaï, 1996 ; Garaud, 1990 ; Hassenteufel, 2010) ; elle s’articule autour de deux études de cas menées respectivement en Belgique et en Suisse de 2020 à 2022. Cette comparaison des processus de publicisation et de mise à l’agenda d’un problème public permet de comprendre les différentes façons dont peut se construire une politique publique dans deux pays confrontés à des enjeux similaires de transition numérique inclusive, mais dont les organisations politiques et les modèles d’intervention publique diffèrent. Cette optique permet d’identifier les similitudes et les différences dans la capacité des acteurs du travail social à peser sur la formulation des problèmes publics ainsi sur la prise en compte de leurs réalités de terrain dans l’élaboration des politiques couplant les enjeux de transition numérique à ceux d’équité et d’inclusion.
L’étude de cas en Belgique se concentre sur le processus d’élaboration des politiques publiques d’inclusion numérique à l’échelle de la Région de Bruxelles-Capitale. Celle menée en Suisse porte sur le processus mené à l’échelon fédéral.

Mots clés :


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