Art et participation.
Pour une démocratisation de la réception culturelle.
Année : 2011
Thème : Le thème général est ici appliqué au champ artistique:
-La crise devenant celle de la démocratisation culturelle.
-Le problème de la gouvernance se traduisant par un rapport à l'expérience esthétique largement fixé par les industries culturelles.
-L'intervention sociale devant éprouver de nouvelles méthodes d’activation de la citoyenneté en favorisant une expérience esthétique critique.
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
MENGHINI Mathieu (France) – mathieu.menghini@hesge.ch
Résumé :
Les industries culturelles ont élargi la diffusion de la culture non sans marginaliser les cultures populaires et appauvrir l’expérience esthétique. S’agissant du second point, affirmons le nécessaire développement d’une réception critique. Il convient d’apprécier tant son effectuation singulière dans les arts qui conçoivent l’œuvre davantage comme une praxis que comme un produit, que celle que peut atteindre (même dans les arts ordinaires) une intervention médiatrice.
Nous ne prétendrons pas fournir un modèle applicable à toute situation quelque soit l’œuvre médiée et les spécificités du public réuni, mais bien :
-discuter les conditions d’une méta-médiation socio-esthétique sur la base de nos expériences à la tête de trois institutions culturelles publiques et pluridisciplinaires
-et affirmer sa légitimité dans le parcours de formation des futurs travailleurs sociaux.
Cette médiation sera « sociale » si elle privilégie les populations de modeste condition. Elle s’adressera, si possible, à des groupes restreints, socioculturellement homogènes, de sorte à favoriser l’éveil d’une parole désinhibée.
« Sociale » s’entend également au niveau de l’attitude du médiateur – une attitude caractérisée par une qualité de sensibilité qui donne à penser qu’une formation de type travail social constitue un atout.
Plutôt qu’un docte gardien du sens ânonnant sa leçon et bien que nécessairement également transmetteur, le médiateur constituera une forme d’agent d’interrogation. À un positionnement en surplomb, on préférera ainsi une approche constructiviste visant l’auto-développement des participants. D’une part, le sens n’est pas une production transcendante ou spontanée, mais une négociation ; il n’est jamais épuisé – variant notamment en fonction des conditions sociales, historiques et culturelles de la réception. D’autre part, comme l’écrit Antoine Hennion, il n’y a rien à partager de plus important que le partage lui-même.
Par l’affirmation des points de vue des participants, leur mise en débat et l’apport – par l’animateur – de l’expertise de la science, la médiation ici envisagée se veut un exercice de citoyenneté.
L’épithète « esthétique » – préférée à « artistique » – vise à distinguer le présent projet de ceux qui conçoivent davantage l’art sous l’angle de l’expression que sous celui de la réception. L’enrichissement de celle-ci impose de tenir compte d’apports multiples : ceux de la sémiologie, des approches critiques (socio-historiques), pragmatistes, psychanalytiques, etc. N’oublions pas celui de l’herméneutique, car de l’absence de sens exclusif des œuvres, on ne saurait conclure à l’arbitraire des interprétations. L’intérêt des lectures décalées (on pense à Hoggart et à l’idée d’obliquité du regard ou à de Certeau et à celle de braconnage) nous invite, cependant, à dépasser la symétrie entre appréciation esthétique et décodage d’une œuvre.
Aussi, la posture affective et intellectuelle du médiateur évitera-t-elle tant le misérabilisme (qui – ne diagnostiquant que manques dans les esprits auxquels il s’adresse – tendra à négliger l’approche parfois originale des individus réunis) qu’un complaisant populisme (aveugle à l’impact des rapports de domination sur les pratiques culturelles « spontanées » de la population).
« Méta- » indique, enfin, que le médiateur ne doit jamais omettre qu’il est lui-même situé et que le patrimoine artistique est le fruit d’une sélection non neutre. Se pose alors la question de la culture à défendre ?
« Il est deux manières de se perdre, selon Césaire, par la ségrégation, murés dans le particulier, ou par la dilution dans l’universel. » Interprétons cet avertissement comme une invite à ne pas opposer sommairement démocratisation et démocratie culturelles.
Si sa médiation est critique, on n’exclura pas l’héritage culturel des dominants – l’acculturation pure et simple étant toujours, elle, suspecte de participer d’une forme de régulation, de contrôle sociaux.
Mots clés :
Activation sociale, Citoyenneté, Animation, Médiation
Démocratisation
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