Gouvernance des migrations et implications pour le travail social
Année : 2011
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
BOLZMAN Claudio (Suisse) – Claudio.Bolzman@hesge.ch
Résumé :
Le plus souvent les phénomènes sociaux qui échappent au cadre de l’Etat ne peuvent pas être saisis dans leur complexité et sont réduits à la manière dont l’Etat les pense. Comme l’écrit Sayad : «Nous pensons tous la migration (…), comme l’Etat nous demande de la penser et en fin de compte comme il la pense lui-même» (2001, 399).
Cette communication s’intéresse non seulement à la manière dont les migrations sont pensées, mais également gérées par les politiques publiques et à l’influence de celles-ci sur le travail social. Notre thèse est que cette influence ne découle pas nécessairement de manière directe des politiques migratoires, mais du cadre même de structuration du travail social. En effet, celui-ci s’appuie sur des législations sociales nationales qui ont été pensées pour être appliquées à des situations concernant principalement des populations ayant vécu la plupart de leur vie sur le territoire d’un même Etat. Or, dans un monde caractérisé par une mobilité internationale croissante, les travailleurs sociaux sont amenés à rencontrer, dans le cadre de leur activité professionnelle, de plus en plus de populations dont les parcours de vie ne correspondent pas aux cas de figure imaginés par le législateur. Il peut donc se produire un décalage entre les instruments pensés et prévus pour l’action sociale et les réalités rencontrés sur le terrain par les professionnels de l’intervention.
Comme le signale Righard (2008, 3), « il y a une divergence croissante entre l’organisation du territoire et des gens en tant qu’Etats et citoyens, et dans la manière dont les gens organisent leurs vies. Alors que les Etats en général, et les Etats sociaux en particulier, sont organisés en fonction des frontières et des limites, significatifs pour chaque Etat, les acteurs ont tendance à organiser davantage leur vie quotidienne à travers ces frontières et ces limites ».
Ce hiatus est particulièrement intéressant à explorer car il peut soulever un certain nombre d’enjeux pour l’intervention sociale : par exemple il peut rendre plus difficile la visualisation de certains problèmes, car ne faisant pas partie du champ du « pensable » ; il peut aussi a contrario amener à percevoir de nombreuses questions relatives aux migrations comme problématiques, car n’entrant pas dans les catégories habituelles définies par l’Etat et les politiques sociales.
Nous explorerons ces questions à partir de plusieurs recherches que nous avons conduit en Suisse qui touchent des problématiques aussi variées que les immigrés proches de la retraite, les mineurs non accompagnés, les étudiants étrangers ou les familles qui cherchent à faire venir un parent âgé pour vivre auprès d’elles.
Mots clés :
Traitement social, Insertion, Gestion publique
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