Développer le pouvoir d’agir des personnes et des collectivités :
Un aperçu des impacts sur l’identité professionnelle et la formation des praticiens du social.
Année : 2012
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
LE BOSSE Yann (Canada) – Yann.Lebosse@fse.ulaval.ca
Résumé :
Cette proposition suppose que la présentation se déroule selon un format plus proche de la conférence-débat que de l'atelier. En effet elle implique de pouvoir développer son contenu de manière suffisamment précise pour permettre ensuite un échange fécond et approfondi avec l'assistance. Une telle activité peut être intégrée au programme ou être proposée en marge du programme au choix des organisateurs. Développer le pouvoir d’agir des personnes et des collectivités : Un aperçu des impacts sur l’identité professionnelle et la formation des praticiens du social :
1. Le contexte Les pratiques sociales sont en crise. L’évolution socio-économique des dernières années a eu pour triple effet d’augmenter la demande d’aide professionnelle, de diminuer les ressources disponibles pour offrir ce soutien et de remettre en question la pertinence des pratiques traditionnelles.
• Une augmentation de la demande Depuis quelques années, les praticiens du social sont confrontés à un élargissement et à une dégradation continue des situations dans lesquelles ils sont amenés à intervenir. La mondialisation des échanges commerciaux exerce une pression directe sur les populations peu préparées à faire face à l’exigence de compétitivité inhérente à ce type d’organisation économique. Les effets de cette marginalisation économique étant synergiques, les personnes ainsi exclues du marché du travail font face à la dégradation rapide de leurs conditions de vie et à un alourdissement correspondant de leur demande de soutien.
• Une réduction des ressources disponibles La politique de réduction des déficits nationaux a conduit la grande majorité des pays occidentaux à réduire l’enveloppe destinée au financement des services sociaux. Cette réduction est elle-même à l’origine d’une réorganisation des programmes (réduction du nombre des ayants droit, de la durée et du montant des indemnités) et des modalités de prise en charge des personnes accompagnées (augmentation du nombre de bénéficiaires par intervenant, réduction de la durée et de l’étendue du service, délégation d’une partie de la prise en charge au secteur de l’action bénévole, etc.). • Des pratiques traditionnelles mises à l’épreuve. Les pratiques traditionnelles ont initialement été conçues pour offrir une prise en charge extensive aux personnes accompagnées. Leur efficacité repose sur une prise en charge relativement exigeante au plan des ressources. Or, la transformation des conditions de pratiques liées aux changements économiques (ex : réduction du nombre de séances offertes à chaque personne dans les services publics) ne s’est pas ou peu accompagnée d’une redéfinition des objectifs et des méthodes utilisées dans ces modèles thérapeutiques traditionnels. Un grand nombre de professionnels se trouvent donc actuellement dans une situation dans laquelle ils doivent répondre à une demande de service de type « résolution de problèmes » à court terme alors qu’ils ont été formés à l’aide de méthodes reposant sur une logique de prise en charge à long terme. Soumis à la pression socio-économique qui pousse à la « routinisation » et la standardisation des modalités d’accompagnement les professionnels de l’aide se perçoivent à la fois désavoués et démunis. Ce contexte global contribue à la formulation d’une forte demande pour le développement de modèles d’accompagnement alternatifs susceptibles de répondre adéquatement aux nouvelles conditions de pratiques avec lesquelles les professionnels doivent composer. C’est dans ce contexte qu’au cours des dernières années, le modèle de pratique centré sur « l’empowerment » ; expression à laquelle nous préférons celle de « développement du pouvoir d’agir des personnes et des collectivités »(DPA) ; est apparu comme une des principales alternatives pour sortir de la crise actuelle. Bien que très invoquée, cette conception des pratiques sociales commence à peine à disposer d’un cadre conceptuel suffisamment clair pour qu’on en dégager toutes les implications. À beaucoup d’égards, il apparaît que l’application rigoureuse de cette approche implique des changements importants au plan de l’organisation, de la gestion et de la conduite des pratiques. De manière encore plus centrale, il apparaît que l’adoption d’une approche centrée sur le DPA exige avant tout une modification en profondeur des bases de l’identité professionnelle du praticien
2. Ni policier ni sauveur : une identité professionnelle à redéfinir Dans le domaine des pratiques sociales, les pièges du contrôle social et ceux du modèle médical sont connus depuis plusieurs décennies. Même si la solution « d’agir comme un agent de changement » est régulièrement invoquée, rares sont les approches qui proposent une manière précise d’assumer ce rôle au quotidien. Encore plus rares sont les modèles qui intègrent directement les enjeux relatifs à la formation et au maintien de l’identité professionnelle des praticiens. Pourtant, aucune réforme des pratiques n’est envisageable sans que l’on fournisse aux praticiens de nouveaux points d’ancrage pour fonder leur identité professionnelle.
À quoi bon en effet, promouvoir le « pouvoir d’agir » des personnes accompagnées si cela ne permet pas aux professionnels de développer le leur ? Qui accepterait, au nom d’une injonction morale, aussi vertueuse soit-elle, de se placer concrètement en situation d’impuissance ? Les structures actuelles qui encadrent la pratique quotidienne placent constamment les professionnels en situation d’impuissance. À défaut d’une alternative crédible, l’identité professionnelle a tendance à se replier sur l’expertise relationnelle, seul point d’ancrage sur lequel le praticien estime avoir un peu de pouvoir. Or, selon l’approche centrée sur le DPA cette centration sur une contribution essentiellement relationnelle de l’intervenant constitue un des obstacles majeurs à l’affranchissement des personnes accompagnées . Il est donc essentiel de convaincre le praticien de quitter l’univers connu de l’expertise relationnelle pour élargir son champ d’action aux composantes structurelles des problèmes sociaux. Mais comment y parvenir, si par ailleurs, l’expertise relationnelle est concrètement vécue comme le principal fondement de l’identité professionnelle ? Une issue consiste à proposer de nouvelles bases identitaires susceptibles de permettre un repositionnement qui soit une source de DPA pour les professionnels.
3. Proposition et défis pour la formation Pour y parvenir, il faut à la fois formuler des propositions précises et permettre aux praticiens d’expérimenter pour eux-mêmes le DPA dans leur contexte de pratique. La conférence développera le détail de ces propositions et tentera de dégager les défis de formation que ces orientations impliquent pour les instituts d’enseignement et les employeurs. À titre d’illustration, mentionnons la possibilité pour les praticiens de baser leur identité professionnelle sur leurs habiletés à initier des changements ciblés là ou ils sont et à partir des moyens dont ils disposent. Ceci sans autre condition préalable que celle d’investir concrètement les nombreux espaces d’action qui s’offrent à eux (souvent sans qu’ils en prennent conscience) et à partir desquels ils peuvent contribuer à changer le monde au quotidien. Sur le plan de la formation, une telle orientation suppose que les curriculums soient revisités sur la base de leur capacité à stimuler le développement du pouvoir d’agir des étudiants.
Mots clés :
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