Cher lecteur, chère lectrice,
La présente Lettre est consacrée au prochain congrès de l’AIFRIS, événement dont nous nous réjouissons car il constituera à coup sûr un moment fort pour les congressistes qui pourront y prendre part.
Bien qu’animé par la joie du congrès à venir, il est difficile d’oublier le monde dans lequel nous vivons et la situation ambiante morose qui nous inquiète toutes et tous. Durant ces derniers mois, les effets de la crise climatique se sont manifestés comme jamais : incendies ravageurs, crues destructrices alternants avec des sécheresses prolongées, mise en danger de la biodiversité avec de nombreuses espèces en disparition, etc. Sur le plan géopolitique, nous sommes confrontés à un monde devenu illisible, traversé par des rapports de force, de prédation et de domination qui se déploient jour après jour. Le nouvel ordre du monde qui s’impose à nous tient du sport de combat où tous les coups sont permis et dans lequel les menaces et les guerres remplacent les régulations pacifiques et les négociations diplomatiques disqualifiant d’autant les institutions internationales. Depuis la dernière guerre mondiale, celles-ci ont pourtant permis d’endiguer les logiques de puissance hégémoniques et d’offrir le cadre nécessaire à la gestion des crises écologiques, sanitaires et sociales tout en rappelant les droits humains et les traités de paix.
Au tournant du siècle, il était question de mondialisation heureuse (Minc, 1997) qui allait avoir des effets globalement positifs pour l’humanité et de fin de l’histoire (Fukuyama, 1992), la chute du mur de Berlin allant permettre d’imposer définitivement l’idéal de la démocratie libérale sur la planète. Un quart de siècle plus tard, le réveil est rude et la désillusion est à la mesure des espoirs suscités. Aujourd’hui, on assiste à la montée de la colère, de la frustration et de la peur du déclassement ; ensemble d’émotions dont les partis d’extrême droite, en Europe, aux États-Unis ou ailleurs, font leur terreau. C’est en avivant le ressentiment que se diffusent leurs idées nauséabondes qui, en termes de réponse politique, se résument à la mise en place d’un régime autoritaire doublé d’un repli identitaire fondé sur la discrimination et la négation des droits humains. En laissant de telles politiques s’installer, la fracture sociale, la précarité systémique et le backlash socioculturel s’en trouvent aggravés, même pour celles et ceux qui se sont laissé·es charmer par les discours populistes.
Même si les jeunes ont grandi avec les nouvelles technologies, dont ils et elles savent tirer parti, leurs conditions de vie sont encore plus précaires que celles de leurs aîné·es. Confronté·es à de nombreuses difficultés, celles de boucler les fins de mois, d’accéder à des emplois fixes ou à des logements abordables, il leur est difficile de construire leur projet de vie afin de réaliser leurs légitimes aspirations.
Les émeutes de la jeunesse en colère, qui éclatent un peu partout sur la planète, ne sont dès lors pas une surprise tant cette génération à l’impression de ne pas être entendue ni écoutée alors que ses revendications sont fondées. Des conférences citoyennes ou d’autres dispositifs démocratiques devraient être mis en place pour engager le dialogue et dégager des pistes de compréhension et de résolution. En lieu et place, en France, en Albanie ou ailleurs, la seule réponse gouvernementale à leurs revendications est malheureusement celle de la répression policière visant à étouffer leur mouvement citoyen.
Les associations d’éducation populaire ou permanente, les structures et services sociaux sont souvent en première ligne pour faire face à ce délitement du tissu social. Les travailleuses et travailleurs sociaux sont sommé·es d’agir, mais pour agir il faut des moyens et une visée claire. C’est là que le bât blesse, car les messages des pouvoirs publics sont souvent contradictoires et paradoxaux : l’injonction d’autonomiser les bénéficiaires de l’aide sociale se conjugue avec une baisse des moyens alloués pour mettre en place ce programme. Comment les professionnel·les peuvent-ils et elles lutter contre les précarités alors même que les structures qui les emploient sont précarisées ? Précarisées en termes de moyens, mais également en termes de mode d’intervention dans la mesure où le travail effectif n’est pas pris en compte par les procédures standardisées et les évaluations chiffrées de l’activité. Plutôt que d’être soumis à une pensée simpliste et aliénante, les professionnel·les ont besoin d’espace et de temps pour penser leur action dans sa complexité afin de pouvoir agir de façon éthique avec la conscience d’accueillir l’autre en respectant sa dignité et sa singularité.
Pour soutenir la réflexion professionnelle et plus largement encourager l’ouverture d’esprit, la pensée citoyenne et le croisement des savoirs, l’AIFRIS offre un espace extrêmement précieux. Malgré les sombres perspectives mentionnées ci-avant, la réalité demeure complexe et multiple, il convient ainsi de souligner les évolutions positives, notamment concernant les rapports hommes-femmes ou la défense des droits des enfants. Si la diversité est certes attaquée de partout, l’idée d’interculturalité et de « créolisation du monde », si chère à Edouard Glissant, chemine malgré tout.
C’est bien dans une dynamique de lutte continue et avec une énergie portée par nos projets que notre association construit, avec ses modestes moyens, des espaces de rencontres, de pensée et de dispute, notamment lors des congrès.
Congrès 2027 à Agadir
Comme le souligne François Gillet dans la partie dédiée à la présentation du prochain congrès, le thème de l’événement qui fait la part belle à la jeunesse ne pouvait pas être mieux choisi. À l’instar de leurs aîné·es, les jeunes souhaitent pouvoir se construire une place au soleil, pouvoir s’activer, rêver, aimer et vivre en paix. Le congrès sera une occasion toute trouvée pour leur témoigner notre soutien, leur donner la parole en ouvrant des espaces de dialogue, mais aussi de documenter, par des résultats de recherches et des retours sur projets, leur sens de la créativité, leurs luttes et leur dynamisme.
Alors que l’appel à communication est lancé, il importe de rappeler l’importance que revêt le croisement des savoirs pour l’AIFRIS. Aussi, espérons-nous recevoir des propositions de contribution de tous les acteurs et actrices du social, de la part des formateur·ices et des chercheur·es, mais aussi et surtout de la part des travailleuses et travailleurs sociaux et des personnes concernées. Pour soutenir la concrétisation de ce souhait, il convient de rappeler que les contributions peuvent prendre des formes diverses, notamment sous forme de présentations visuelles ou artistiques, formats qui ne demandent pas d’avoir intégré les codes académiques.
Projets de webinaires
Afin de ne pas tout miser sur la tenue du prochain congrès, notre association va proposer durant cette prochaine période deux webinaires consacrés à la jeunesse qui seront ouverts à toutes et tous. Le premier événement est programmé pour le mois de janvier et le second pour le mois d’avril 2027. Dès que possible, de plus amples informations seront communiquées à l’ensemble des membres et diffusées au travers des habituels canaux de communication.
Assemblée générale du 19 novembre prochain
Au menu de cette AG, il sera possible de rappeler les activités organisées et mises en place durant l’année et de discuter des futurs projets. L’occasion sera aussi donnée d’évoquer la situation financière de l’association, les différents scénarios envisagés à moyen et long terme en regard de la politique tarifaire adoptée en 2024.
En vous remerciant pour votre attention, nous vous adressons nos meilleurs messages en espérant que vous serez nombreux et nombreuses à vous inscrire au prochain congrès.
David Ryboloviecz et Francis Loser
Pour la co-présidence de l’AIFRIS
Cliquez ici : Lettre 59 novembre 2026